Dans le cadre de la campagne internationale « Novembre Bleu », dédiée à la prévention et à la sensibilisation sur le cancer de la prostate, l’Association Sénégalaise d’Urologie (ASU) a organisé, ce vendredi 7 novembre 2025 , une conférence scientifique axée sur la prévalence, le dépistage et le diagnostic de cette maladie qui demeure un véritable enjeu de santé publique au Sénégal.
Présidée par le Dr Racine Kane, vice-président de l’ASU, la rencontre a réuni plusieurs spécialistes de la santé, chercheurs, étudiants en médecine et membres de la société civile, autour d’un objectif commun : renforcer la sensibilisation et promouvoir le dépistage précoce.
Deux communications scientifiques ont marqué les échanges :
● « La prévalence du cancer de la prostate au Sénégal », présentée par Dr Oumar Gaye de l’hôpital Dalal Jamm ;
● « Le dépistage et le diagnostic du cancer de la prostate », animée par Dr Idrissa Ngom du Centre hospitalier Abass Ndao.
La séance s’est conclue sur un moment d’émotion, avec le témoignage de M. Ousmane Seck, patient en rémission, qui a partagé son parcours face à la maladie.
Dans son intervention, Dr Oumar Gaye a présenté une étude menée dans plusieurs centres hospitaliers du pays. Il ressort que plus de 54 % des patients sont diagnostiqués à un stade métastatique, une proportion préoccupante traduisant la persistance des dépistages tardifs.
Selon lui, près de 44 % des cas présentent un score histo-pronostic élevé, signe d’une forme agressive du cancer.
« Le cancer de la prostate est une maladie curable lorsqu’elle est détectée à temps. Malheureusement, la majorité des diagnostics au Sénégal sont posés à un stade avancé », a-t-il regretté.
Le praticien a également insisté sur la nécessité d’un accès équitable aux examens spécialisés, notamment les tests PSA, les biopsies et les imageries modernes. « Le coût des traitements demeure un frein majeur, et une subvention de la prise en charge s’impose pour sauver des vies », a-t-il plaidé.
Abordant le volet du diagnostic, Dr Idrissa Ngom a rappelé que le cancer de la prostate reste la deuxième cause de mortalité par cancer chez l’homme, après celui du poumon.
« À partir de 40 ans, tout homme doit effectuer un dépistage régulier. Un diagnostic précoce permet une guérison dans plus de 95 % des cas », a-t-il indiqué, avant d’insister sur le rôle central du dosage du PSA et de l’IRM prostatique multiparamétrique.
Selon lui, ces outils modernes facilitent la classification des patients selon le score PIRADS, permettant ainsi des biopsies plus ciblées et une meilleure planification des traitements.
Dr Ngom a également souligné le retard diagnostique observé dans les pays africains, en raison du manque de sensibilisation, du coût des examens et des tabous liés à la santé masculine.
« Il est urgent d’intégrer le dépistage systématique dans les politiques publiques et de renforcer la formation des personnels de santé de première ligne », a-t-il déclaré.
Le témoignage de M. Ousmane Seck, patient guéri d’un cancer de la prostate, a été l’un des moments les plus marquants de la rencontre.
Visiblement ému, il est revenu sur son parcours de soins :
« C’est grâce à un dépistage précoce et à la prise en charge rapide de l’équipe du Pr Babacar Sy que j’ai pu surmonter cette épreuve. Mais au-delà du traitement médical, c’est l’accompagnement psychologique et la solidarité familiale qui m’ont aidé à tenir », a-t-il confié.
Il a encouragé les hommes à ne pas négliger leur santé et à oser consulter sans attendre les symptômes. « Le cancer de la prostate n’est pas une fatalité. Il se soigne, à condition d’être détecté à temps », a-t-il insisté.
En clôturant la conférence, Dr Racine Kane, vice-président de l’ASU, a rappelé l’urgence d’une politique nationale de dépistage systématique et de vulgarisation de l’information sur le cancer de la prostate.
« Le cancer de la prostate est aujourd’hui le cancer le plus fréquent chez l’homme au Sénégal. Pourtant, beaucoup de patients arrivent trop tard. Le dépistage précoce doit devenir une priorité nationale », a-t-il déclaré.
Selon les données de l’ASU, plus de 230 nouveaux cas sont enregistrés chaque année dans les cinq principaux centres urologiques de Dakar, un chiffre probablement en deçà de la réalité, en raison du manque de données en zones rurales.
À travers cette initiative inscrite dans la campagne Novembre Bleu, l’Association Sénégalaise d’Urologie réaffirme son engagement à mieux informer, sensibiliser et accompagner les populations dans la lutte contre le cancer de la prostate.
Les spécialistes ont unanimement lancé un appel à briser les tabous autour de la santé masculine, à encourager les hommes dès 40 ans à se faire dépister, et à renforcer les capacités des structures sanitaires sur l’ensemble du territoire.
Comme l’a souligné Dr Gaye :
« Le cancer de la prostate se guérit lorsqu’il est détecté tôt. Le savoir et la prévention sont nos meilleures armes. »
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