Cette rencontre scientifique a réuni universitaires, chercheurs, historiens, autorités coutumières, descendants de l’Almaami et personnalités publiques autour d’une réflexion sur l’héritage politique, religieux et intellectuel de cette figure majeure de l’histoire sénégalaise et africaine.
À l’ouverture des travaux, le Pr Idrissa Ba, chef du Département d’Histoire de l’UCAD, a rendu hommage aux érudits du Fuuta Tooro qui, par le savoir, les réseaux intellectuels et les centres d’enseignement islamique, ont préparé les conditions de la Révolution de 1776. Il a souligné que cette révolution fut le fruit d’une longue maturation intellectuelle et spirituelle, portée par des hommes de savoir dont l’action continue d’inspirer les chercheurs. Il a également insisté sur la nécessité de restituer la pensée et l’œuvre de ces grandes figures afin de mieux comprendre les dynamiques historiques du Sénégal.
Pour sa part, Mamadou Fall, coordonnateur de l’Histoire Générale du Sénégal, a rappelé que ce symposium dépasse le simple exercice académique. Selon lui, il s’agit de reconstruire le récit historique national à partir des résistances africaines face aux systèmes d’exploitation. Il a expliqué que la Révolution du Fuuta Tooro opposait deux visions de la société : d’un côté, un système fondé sur l’esclavage et ses réseaux économiques, et de l’autre, des hommes guidés par des principes de justice et de liberté. Il a plaidé pour une relecture de l’histoire africaine mettant davantage en valeur les résistances internes contre la traite négrière.
Le Général Ousmane Kane, président de l’Association Abdul Qaadiri KAN, a rappelé les nombreuses actions menées depuis une décennie pour faire connaître l’œuvre de l’Almaami Abdul Qaadiri KAN au Sénégal et à l’international. Il a souligné que cette révolution a posé les bases d’un État organisé autour de principes modernes de gouvernance, de justice, de réforme foncière et de sécurité. Il a notamment évoqué le refus historique de l’Almaami d’autoriser le commerce des esclaves sur le territoire du Fuuta Tooro, présenté comme l’un des premiers actes politiques africains documentés de résistance institutionnelle à la traite négrière. Il a enfin appelé à une meilleure intégration de cette page d’histoire dans les programmes scolaires.
Prenant la parole au nom de la famille des descendants, Me Amadou Ba a salué l’organisation du symposium et remercié les chercheurs pour leur engagement dans la valorisation du patrimoine historique africain. Il a rappelé que l’héritage de l’Almaami Abdul Qaadiri KAN demeure un modèle de gouvernance fondée sur la justice, l’éthique, l’éducation et le respect de la dignité humaine. Il a également insisté sur les enseignements que cette histoire peut transmettre à la jeunesse africaine, notamment l’importance du savoir, de l’intégrité, de l’esprit critique et du dialogue.
Ancien ministre des Affaires étrangères, Dr Cheikh Tidiane Gadio a souligné l’actualité des enseignements issus de la Révolution du Fuuta Tooro. Selon lui, les principes de gouvernance, de limitation du pouvoir, de concertation et de responsabilité développés il y a près de 250 ans démontrent que l’Afrique possède ses propres traditions démocratiques et institutionnelles. Il a appelé à mieux faire connaître ces références historiques afin de renforcer la confiance des jeunes générations dans les capacités politiques et intellectuelles du continent.
La leçon inaugurale a été prononcée par le Pr Mamadou Bouna Timera, doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’UCAD. Il a rappelé que l’organisation de ce symposium s’inscrit pleinement dans la mission de l’université de produire et diffuser des savoirs scientifiques. Selon lui, la Révolution du Fuuta Tooro constitue une véritable entreprise de refondation politique, sociale et culturelle, comparable, par son importance historique, aux grandes révolutions qui ont marqué l’histoire universelle. Il a exprimé le souhait que les communications présentées durant ces deux journées permettent d’enrichir les connaissances sur cette période majeure de l’histoire du Sénégal et de l’Afrique.
Pendant deux jours, les participants échangeront autour des multiples dimensions de la Révolution du Fuuta Tooro et de l’héritage de l’Almaami Abdul Qaadiri KAN, dans l’objectif de contribuer à une meilleure appropriation de cette mémoire historique par les chercheurs, les étudiants et l’ensemble des citoyens.
Moussa Diba









