Initiative de dialogue et de réflexion stratégique, le programme Agora/Penc ambitionne de renforcer la démocratie, l’État de droit et la bonne gouvernance à travers des échanges ouverts sur des problématiques d’intérêt national.
Selon la note conceptuelle de l’Afrikajom Center, la souveraineté s’impose aujourd’hui comme un référentiel majeur, dans un contexte marqué par la mondialisation économique, la recomposition des alliances sécuritaires et les mutations profondes de l’économie mondiale. L’intégration croissante des économies africaines dans les circuits transnationaux de production et de financement limite, selon les experts, la capacité des États à exercer pleinement leur autonomie, donnant lieu à des notions telles que « souveraineté sous contrainte » ou « souveraineté négociée ».
Prenant la parole, le président exécutif de l’Afrikajom Center, Alioune Tine, a souligné que la souveraineté est aujourd’hui une préoccupation universelle, liée aux interdépendances entre États.
« Vous pouvez vouloir une souveraineté numérique, mais dépendre de plateformes privées. La souveraineté sécuritaire aussi passe par des alliances qui ne doivent pas aliéner les États », a-t-il expliqué, avant de mettre en garde contre les dérives possibles du concept. « Derrière la souveraineté, on peut aussi installer des dictatures et affaiblir la démocratie », a-t-il alerté.
Pour Alioune Tine, cette question revêt une importance particulière pour les pays africains, marqués par l’histoire de la colonisation et du néocolonialisme, et dont les souverainetés restent fragilisées sur les plans institutionnel et sécuritaire, notamment dans la région du Sahel.
Intervenant au nom de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, une spécialiste en science politique a insisté sur l’évolution du concept, désormais envisagé au pluriel. « Il n’est plus question d’une souveraineté, mais de souverainetés », a-t-elle affirmé, citant les dimensions numérique, alimentaire, sécuritaire, énergétique et culturelle.
Elle a également souligné que la souveraineté ne peut être pensée sans tenir compte des interdépendances globales, appelant à la construire dans les faits à travers des politiques publiques orientées vers la production locale, la sécurité alimentaire et la valorisation des langues nationales.
Répondant à la question des conditions d’une souveraineté effective au Sénégal, l’universitaire a estimé que celle-ci passe par une capacité réelle de décision et d’action. « Décider totalement, c’est pouvoir garantir notre sécurité alimentaire, notre sécurité nationale, mais aussi repenser notre manière de vivre et de consommer », a-t-elle indiqué.
Au terme des échanges, les participants ont souligné la nécessité d’une approche lucide et pragmatique de la souveraineté, loin des discours simplistes, afin de concilier indépendance nationale et réalités d’un monde interconnecté.
À travers ce forum, l’Afrikajom Center confirme son rôle d’acteur clé dans l’animation du débat public et la promotion d’une réflexion stratégique sur les grands enjeux du Sénégal contemporain.
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