Le président du parti La République des Valeurs (RV), Thierno Alassane Sall, a fait face à la presse ce mardi pour livrer une analyse sans concession de la gestion actuelle du pays. Dans une déclaration dense et argumentée, l’ancien ministre a pointé ce qu’il considère comme de graves manquements sociaux, économiques et institutionnels du gouvernement, évoquant notamment les dossiers OLAC, SENUM et ASER.
Dès l’entame de son propos, Thierno Alassane Sall a identifié ce qu’il qualifie de « première faille majeure » du nouveau gouvernement : son incapacité à mesurer l’impact social réel de ses décisions. Il a dénoncé la remise en cause des bourses sociales, la marginalisation des bourses étudiantes et les licenciements intervenus dans un contexte économique déjà fragile.
Selon lui, ces choix traduisent une gouvernance éloignée des réalités quotidiennes des ménages sénégalais, dans un pays où les bourses familiales constituent souvent le dernier filet de sécurité. « On ne peut invoquer la rationalisation des dépenses publiques tout en préservant les privilèges et le train de vie de l’État au sommet », a-t-il martelé
Il a dénoncé un « sacrifice à sens unique », exigé des étudiants, des familles modestes et des travailleurs précarisés, mais rarement assumé par les décideurs, une situation qu’il juge dangereuse pour le pacte social.
Le président de RV estime que la crise sociale est aggravée par une irresponsabilité de l’exécutif et une communication qu’il juge légère, voire désinvolte. Il reproche aux autorités de privilégier les guerres internes de leadership au détriment des enjeux structurels du pays.
« L’horizon politique semble se limiter aux élections de 2027 et 2029 », a-t-il regretté, dénonçant une gouvernance de court terme incompatible avec les défis du Sénégal. Plus préoccupant encore, il a évoqué une instrumentalisation de la justice dans les luttes de pouvoir, affaiblissant la séparation des pouvoirs et la crédibilité de l’État de droit.
Sur le dossier de l’OLAC, Thierno Alassane Sall a dénoncé une application sélective des principes de gouvernance. Interpellé sur un véhicule attribué au Directeur générale de l’OLAC , le ministre de l’Hydraulique aurait estimé ne pas être concerné tant que le Conseil d’administration ne s’est pas prononcé.
Une position que TAS juge incohérente au regard du limogeage de Cheikh Dieng à l’ONAS. Il s’interroge ainsi sur les véritables raisons de cette éviction, rappelant que l’ancien directeur avait évoqué son refus d’attribuer un marché aux entreprises Delta et Vicas.
Le leader de RV s’est également inquiété du contrat attribué par la SENUM à la PME française Dig Dash, pour des services déjà couverts par le package Microsoft payé par l’État. Au-delà du gaspillage potentiel, il a mis en garde contre les risques sécuritaires, notamment l’installation de « backdoors » dans les systèmes de l’administration.
Il a rappelé le précédent du piratage de la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID), qui aurait dû, selon lui, imposer une prudence accrue. Tout en reconnaissant que Microsoft n’est pas une entreprise sénégalaise, il estime que son niveau de certification et de responsabilité internationale n’est pas comparable à celui d’une PME peu connue dans l’écosystème numérique africain, d’autant plus que le Sénégal dispose d’expertises locales reconnues.
Abordant le dossier ASER, Thierno Alassane Sall a parlé d’un « révélateur inquiétant des dérives institutionnelles ». Il s’est étonné de la décision de la Cour suprême d’enrôler l’affaire pour statuer sur le fond, après plus d’un an d’inertie, alors qu’une enquête est en cours à la Section de recherche sur instruction du Pool judiciaire financier.
Il a dénoncé l’existence de deux ordonnances contradictoires rendues en novembre 2024 et février 2025, séparées par la nomination d’un nouveau Premier président, ainsi que le transfert du dossier à une chambre civile et commerciale qu’il juge juridiquement incompétente. « Où sont passés les 37 milliards ? », a-t-il interrogé, estimant que l’État sénégalais devrait être le premier à exiger des réponses, avant même les bailleurs.
En conclusion, Thierno Alassane Sall a appelé à une rupture véritable dans la gouvernance. Pour lui, si un gouvernement peut hériter d’une situation difficile, il ne peut se permettre l’improvisation, l’injustice sociale et la confusion entre intérêts publics et calculs politiques.
« Le patriotisme exige que le sommet de l’État assume en premier les sacrifices, restaure l’exemplarité, protège l’indépendance des institutions et recrée la confiance collective », a-t-il conclu, avertissant que sans cela, la promesse de rupture risque de se dissoudre dans les pratiques qu’elle prétend combattre.
Espace Afrique







Add comment