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Sénégal : Lancement officiel des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles à l’île de Gorée

Le Sénégal s’est joint, du 25 novembre au 10 décembre 2025, à la communauté internationale pour la campagne mondiale des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles, placée cette année sous le thème : « Ensemble, pour mettre fin à la violence numérique à l’égard de toutes les femmes et des filles ».

La cérémonie officielle de lancement s’est tenue ce mardi 25 novembre 2025 à l’île de Gorée, sous la présidence de Mme Maimouna Dièye, Ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, en présence de l’Ambassadrice du Royaume de Belgique, de représentantes de l’Union européenne, d’ONU Femmes, de partenaires techniques et financiers, ainsi que de nombreuses autorités gouvernementales, acteurs de la société civile et diplomates.

Dans son allocution, Mme Maimouna Dièye a exprimé « une émotion toute particulière » en lançant la campagne depuis Gorée, lieu de mémoire et d’histoire, choisi pour établir un parallèle entre les violences systémiques du passé et les nouvelles formes de domination à l’ère du numérique.

Elle a salué la forte mobilisation des acteurs, qu’elle considère comme « une belle preuve d’adhésion » à la vision Sénégal 2050, notamment à son axe consacré au renforcement des droits et à la protection des femmes et des filles.

La ministre a rappelé les résultats accablants de l’enquête nationale de référence sur les violences faites aux femmes :

● 20,4 % des filles ont subi une violence numérique avant 18 ans ;

● Plus de 80 % des femmes déclarent avoir été victimes de violence numérique au moins une fois dans leur vie.

Elle a dénoncé la montée inquiétante du harcèlement en ligne, de la diffamation, de l’usage abusif des données personnelles, des menaces, du chantage et de la diffusion non consentie d’images intimes, qualifiant ces actes de « nouvelle arme de destruction silencieuse ».

Mme Dièye a rappelé les avancées de l’État :

■ renforcement du Code pénal avec la loi 2020-05 ;

■ consolidation de la loi sur la cybercriminalité et celle sur la protection des données personnelles ;

■mise en œuvre de la Stratégie du New Deal Technologique, orientée vers un numérique inclusif et sécurisé.

Elle a également annoncé :

● le 2e Plan d’action national 2026-2030 pour l’élimination des violences basées sur le genre ;

● le développement de centres holistiques de prise en charge des victimes ;

● La mise en œuvre du Protocole de collaboration multisectorielle, impliquant Justice, Intérieur, Forces armées, Santé et Famille.

« La violence numérique n’est pas une fatalité. C’est un combat que nous pouvons gagner si nous luttons ensemble », a conclu la ministre.

Prenant la parole, l’Ambassadrice du Royaume de Belgique, Mme Hélène De Bock, a rappelé l’ampleur mondiale du fléau, évoquant des chiffres alarmants :

 

 

■316 millions de femmes, soit 11 % des femmes de 15 ans et plus, ont subi des violences physiques ou sexuelles en un an ;

■En 2024, 50 000 femmes et filles ont été tuées par un conjoint ou un membre de leur famille : « Une femme tuée toutes les 10 minutes ».

Elle a salué les avancées du Sénégal, notamment l’ouverture de trois centres d’accueil holistique, uniques dans la sous-région, et soutenus par Enabel.

Elle a insisté sur la nécessité d’une prévention articulée autour de trois axes :

■ primaire : combattre les causes profondes; ■ secondaire : réponses dans les 72 heures après les violences ;

■ tertiaire : réhabilitation des survivantes.

La représentante d’ONU Femmes, Mme Arlette Mvondo, parlant au nom du système des Nations Unies, a rappelé que :

● 60 % des victimes récentes de cybercriminalité au Sénégal sont des femmes et des filles ;

● Les violences basées sur le genre coûtent près de 7 % du PIB ;

● 32 % des femmes politiquement engagées subissent des attaques en ligne ;

● Plus de 60 % des adolescentes déclarent avoir subi une violence numérique.

Elle a dénoncé une violence « sournoise, brutale et dévastatrice », appelant à une mobilisation nationale et internationale.

Le maire de l’île de Gorée, M. Augustin Senghor, s’est réjoui du choix de sa commune pour accueillir ce lancement :

« Le temps de l’émancipation est derrière nous. Nous sommes dans le temps de l’affirmation du rôle de la femme dans notre société. »

Il a salué la mobilisation des autorités, des organisations de femmes et de la communauté goréenne.

La campagne 2025 prévoit :

■ des actions de sensibilisation sur la santé mentale et la sécurité en ligne ;

■ des activités de plaidoyer dans les régions;

■ des émissions-débats avec les acteurs des séries télévisées ;

■ un atelier de formation pour les forces de défense et de sécurité ;

■ un roadshow dans la banlieue dakaroise.

Cette mobilisation cible trois catégories essentielles :

les décideurs, les partenaires, et la communauté nationale, appelés à agir ensemble pour briser le silence et mettre fin à l’impunité.

Espace Afrique

Moussa DIBA

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