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Mamadou Amat Niasse : l’intellectuel qui transformait l’information en art

Dans une salle de rédaction, la tension peut vite grimper. Mais avec Mamadou Amat Niasse, le sérieux perd toujours quelques degrés. Un dictaphone défaillant, une interview avalée par un appareil capricieux… autant de situations qui, chez lui, se transforment en scènes où l’humour désamorce l’embarras. Amat, c’est ce journaliste à la rigueur inébranlable, à l’humilité constante et à l’humanité lumineuse, capable d’offrir un éclat de rire lorsqu’on s’y attend le moins.

L’histoire commence en classe de cinquième. Comme chaque soir, le jeune Amat dévore les pages du journal Le Soleil que son père rapporte du travail. Un camarade, le voyant absorbé par la lecture, lui lance :

« Un jour, tu seras dedans ! » Il en rit alors… sans savoir que sa destinée venait d’être annoncée.

Après le baccalauréat, tout s’accélère. Il découvre l’univers des outils modernes du métier : appareils photo, magnétophones, carnets de note. Admis au Cesti, un professeur lui donne un conseil décisif :

« Le journalisme, c’est la simplicité. Pas l’effet de style. » Ce principe deviendra son fil conducteur.

Comme beaucoup de jeunes diplômés, Amat connaît le chômage. « J’ai été chômeur diplômé », aime-t-il ironiser.Un responsable de média lui avait promis un poste, mais aucun budget n’était prévu. Il apprend la patience, l’attente, l’incertitude.

Puis la chance tourne : l’Agence de Presse Sénégalaise (APS), où il avait effectué des stages, le recrute. Il intègre ainsi, avec Saliou Traoré, Ibrahima Bakhoum, Abdou Gningue et Souleymane Guèye, la première génération de journalistes du Cesti à rejoindre l’institution.

Affecté d’abord à Louga puis à Saint-Louis, il couvre les visites de ministres, les activités administratives, les grands projets d’infrastructures comme la pose de la première pierre du barrage de Manantali.

« C’est dans les régions que j’ai vraiment compris le Sénégal », confie-t-il. Le terrain le forme, le façonne et affûte une plume précise, sobre et exigeante.

La marque Amat ? Une mémoire redoutable. Dates, noms, lieux, faits : rien n’échappe à son esprit. À cela s’ajoute une intolérance assumée envers les fautes :

« Je suis allergique aux erreurs », dit-il souvent. Pour lui, le journalisme n’a pas vocation à impressionner, mais à éclairer.

Son humour, parfois impertinent, participe aussi au personnage. Un jour, après une interview avec Abdoulaye Wade, reprise par Le Soleil, l’ancien président lui demande :

● « Comment as-tu reconstitué l’entretien ? »

Amat répond, stoïque :

●  « J’ai pris note. »

Wade éclate de rire :

●  « Ah, tu es un sacré preneur de notes ! »

L’anecdote reste mémorable dans les couloirs de la profession.

 

Parallèlement, Amat enseigne au Cesti. Les témoignages de ses étudiants sont unanimes : rigueur, simplicité, honnêteté. « Avec M. Niasse, on ne s’ennuie jamais », assure le journaliste Boubacar Faye. Un autre étend l’héritage : « Il nous a appris que le journalisme, ce n’est pas seulement transmettre des faits, mais leur donner sens. »

Jamais hautain, toujours disponible, il entretient avec ses étudiants un rapport de dialogue et d’humilité. Il conseille sans imposer, forme sans écraser, partage sans compter , parfois autour d’un thé au campus social.

Amat est ce rare profil du journaliste-intellectuel. Homme de terrain et homme de réflexion, il allie analyse fine et compréhension concrète des réalités sénégalaises.

Le journaliste Sidy Diop l’avait d’ailleurs surnommé « dictionnaire nationale autonome », clin d’œil à la CENA où il intervenait régulièrement.

Son parcours illustre parfaitement la tension féconde entre pratique et théorie, entre urgence des faits et exigence de l’analyse. Toujours loyal, toujours intègre, jamais complaisant, il incarne une éthique du métier fondée sur la vérification, la précision et le respect du public.

Interrogé sur ce qu’il aimerait que l’on retienne de lui, Amat répond simplement : « Que la connaissance n’a de valeur que lorsqu’elle circule. Je veux qu’on retienne le partage. »

Et c’est peut-être cela qui résume le mieux l’homme :

■  un journaliste d’élite, mais accessible ;

■ un intellectuel exigeant, mais généreux ;

■ un pédagogue brillant, mais humble ;

■ une mémoire vivante, mais toujours tournée vers l’avenir.

Une figure majeure du paysage médiatique sénégalais, dont l’empreinte demeure aussi bien dans les salles de rédaction que dans les amphithéâtres du Cesti.

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