
Le débat autour de l’encadrement des crédits spéciaux prend une nouvelle tournure. Réunis ce mercredi à Keur Maodo pour un point de presse, les députés du groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes ont livré une série de déclarations qui dépassent largement le seul contentieux institutionnel opposant actuellement l’Assemblée nationale au Gouvernement.
La rencontre intervient quelques heures après la suspension de l’examen en séance plénière de la proposition de loi portant encadrement des crédits spéciaux. Cette décision fait suite à la saisine du Conseil constitutionnel par la Primature, sur le fondement de l’article 83 de la Constitution. Le Gouvernement estime que certaines dispositions du texte relèvent du domaine réglementaire et ne peuvent, à ce titre, être encadrées par une loi.
L’Assemblée nationale a dénoncé une « obstruction systématique » du Gouvernement, tout en affirmant sa volonté de préserver la stabilité et « l’élégance républicaines » dans les relations entre les institutions. Le Conseil constitutionnel dispose désormais d’un délai de huit jours pour se prononcer sur la recevabilité du texte.
Pour Pastef, cet épisode constitue un nouveau chapitre d’un bras de fer institutionnel qui dure depuis plusieurs semaines. Le parti défend depuis plusieurs années une réforme du régime des crédits spéciaux, considérés comme nécessaires à certaines missions sensibles de l’État, mais qui doivent, selon ses responsables, faire l’objet d’un contrôle parlementaire plus rigoureux.

Au cours de la conférence de presse, le député Amadou Ba a également annoncé une prochaine proposition de loi visant à supprimer la confidentialité des déclarations de patrimoine déposées auprès de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC).
Le parlementaire a indiqué que son groupe entendait modifier l’article 18 de la loi relative à la déclaration de patrimoine afin de permettre au public d’accéder aux informations déclarées par les responsables concernés.
Selon lui, cette réforme permettrait aux Sénégalais de consulter directement, notamment via le site de l’OFNAC, les déclarations de patrimoine des autorités assujetties. Amadou Ba a annoncé que la proposition devrait être déposée dans environ deux semaines.
Le député a par ailleurs évoqué un échange téléphonique qui aurait eu lieu entre Ousmane Sonko, alors détenu, et Aminata Touré. Selon le récit rapporté par Amadou Ba, l’ancienne Première ministre aurait exprimé des réserves sur le choix de Bassirou Diomaye Faye comme candidat à la présidentielle.
Elle aurait notamment estimé, selon les propos rapportés par le député, que celui choisi pour porter la candidature ne pourrait pas rester deux ans au pouvoir et ne décrocherait pas un second mandat.
Cette révélation intervient dans un contexte de tensions persistantes entre plusieurs figures de l’ancienne coalition ayant porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir. Les propos rapportés par Amadou Ba devront toutefois être appréciés au regard d’une éventuelle réaction ou confirmation de l’intéressée.

Autre temps fort de la rencontre : la sortie de Ngagne Demba Touré. Le responsable politique de Pastef a directement interpellé le président Bassirou Diomaye Faye sur la question des élections locales.
« Organise les élections maintenant, on verra », a-t-il lancé, invitant le chef de l’État à fixer rapidement la date du scrutin et à soumettre la majorité présidentielle au verdict des urnes.
Ngagne Demba Touré a également rappelé les circonstances politiques ayant précédé l’élection présidentielle de Bassirou Diomaye Faye, en mettant en avant le refus d’Ousmane Sonko de soutenir, à l’époque, un report du scrutin.
Cette intervention traduit une volonté de Pastef de maintenir la pression sur le calendrier électoral local, alors que la question de la date des prochaines élections continue d’alimenter les débats politiques.
À travers ces différentes annonces et prises de position, Pastef a voulu afficher une ligne offensive sur plusieurs fronts : institutionnel avec les crédits spéciaux, juridique avec la réforme de la déclaration de patrimoine et politique avec la question du calendrier électoral.
La décision du Conseil constitutionnel sur la proposition de loi relative aux crédits spéciaux devrait désormais constituer le prochain rendez-vous majeur. Elle déterminera la suite du processus parlementaire et pourrait, selon son contenu, soit permettre la reprise rapide de l’examen du texte, soit contraindre les députés à revoir certaines de ses dispositions.
En attendant, le point de presse de ce mercredi aura surtout confirmé que le débat sur les crédits spéciaux dépasse désormais la seule question budgétaire pour devenir un nouvel épisode du rapport de force institutionnel et politique au sommet de l’État.
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