L’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS), en partenariat avec le Département de philosophie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et l’École doctorale Études sur l’Homme et la Société (ED-ETHOS), a célébré, ce mercredi 21 octobre 2026, la Journée mondiale de l’éthique autour du thème : « Remettre l’éthique au centre : l’intégrité scientifique et l’intelligence artificielle générative ». Une rencontre consacrée aux enjeux éthiques liés à l’utilisation de l’IA dans la recherche scientifique, notamment en matière de transparence, de responsabilité et de préservation de l’esprit critique des chercheurs.
À l’heure où l’intelligence artificielle générative transforme profondément les pratiques de recherche, la question de l’intégrité scientifique s’impose comme un enjeu majeur pour les universités et les institutions de recherche. C’est dans cette perspective que l’ANSTS et ses partenaires ont réuni des universitaires, des chercheurs et des doctorants afin de réfléchir aux opportunités offertes par ces nouvelles technologies, mais également aux risques qu’elles soulèvent.
Prenant la parole, la professeure Ramatoulaye Diagne Mbengue, spécialiste de logique Mathématique au Département de philosophie de l’UCAD, membre de l’ANSTS et présidente de sa Commission d’éthique, a insisté sur la nécessité de placer l’éthique au cœur de toute démarche scientifique.
Selon elle, l’intelligence artificielle offre de nombreuses possibilités aux chercheurs, notamment dans la recherche documentaire et la revue de littérature. Toutefois, son utilisation ne doit jamais conduire à une perte d’autonomie intellectuelle ni à un affaiblissement de l’esprit critique.
« Il s’agissait de rappeler aux doctorants, en particulier, et aux chercheurs de manière générale, la nécessité d’avoir une démarche éthique au quotidien », a-t-elle souligné.

Le professeur a notamment mis l’accent sur la transparence dans la production des connaissances. Pour elle, tout chercheur doit clairement identifier les sources qui nourrissent sa réflexion, mentionner les auteurs dont il mobilise les travaux et préciser les références des documents et des citations utilisés.
Cette exigence de transparence s’étend également à l’intelligence artificielle générative. Lorsqu’un chercheur recourt à ces outils, il doit en faire état et préciser la place qu’ils occupent dans son travail. L’IA peut accompagner certaines étapes de la recherche, mais elle ne saurait se substituer au chercheur ni intervenir de manière dissimulée dans le processus de production scientifique.
Au-delà des questions de citation et de transparence, Ramatoulaye Diagne Mbengue a également évoqué les interrogations liées à l’autonomie croissante des systèmes d’intelligence artificielle. La capacité de certains agents à interagir entre eux sans instructions humaines constantes alimente, selon elle, les inquiétudes relatives au contrôle de ces technologies.
Les progrès enregistrés dans des domaines stratégiques, notamment les mathématiques pures et appliquées, illustrent l’ampleur des transformations en cours. Des outils d’IA sont désormais capables de contribuer à la résolution de problèmes sur lesquels des chercheurs travaillaient depuis plusieurs années.
Face à ces évolutions, la responsabilité des universités devient essentielle. La présidente de la Commission d’éthique de l’ANSTS a ainsi rappelé que la recherche constitue l’une des missions fondamentales de l’enseignement supérieur, au même titre que la formation.
Elle a indiqué que l’Académie entend poursuivre les échanges avec les étudiants et les établissements d’enseignement supérieur afin de dépasser le cadre d’une simple célébration symbolique. La rencontre a ainsi permis de dégager des recommandations et des perspectives d’action à mettre en œuvre conjointement avec les institutions universitaires du pays.
De son côté, le professeur François Malick Diouf, directeur de la Bibliothèque universitaire de l’UCAD, a insisté sur la responsabilité des établissements d’enseignement supérieur dans l’encadrement de l’utilisation de l’intelligence artificielle.
Pour lui, la responsabilité scientifique ne concerne pas uniquement le chercheur. Elle engage également l’institution au sein de laquelle les travaux sont réalisés et évalués.
Il a ainsi identifié plusieurs dimensions de cette responsabilité, notamment sur les plans organisationnel et pédagogique. Sur le plan institutionnel, il estime que les universités doivent mettre en place des mécanismes permettant d’encadrer les usages de l’IA et d’accompagner les chercheurs dans l’évolution de leurs pratiques.

Le professeur a rappelé que l’UCAD dispose, depuis 2010, d’un cadre d’éthique de la recherche. Toutefois, la vitesse de développement des outils d’intelligence artificielle impose, selon lui, une adaptation continue des dispositifs existants.
Sur le plan pédagogique, il a plaidé pour l’intégration de l’éthique scientifique et de la transparence dans les cursus universitaires, dès la licence. L’objectif est de sensibiliser suffisamment tôt les étudiants aux exigences de responsabilité, d’honnêteté intellectuelle et de rigueur qui doivent guider la production scientifique.
« Un travail entaché de plagiat, un travail réalisé totalement ou partiellement par une intelligence artificielle et valorisé par l’université sans vérification préalable, crée un discrédit », a-t-il averti.
Cette préoccupation souligne l’importance de disposer de règles claires sur l’usage de l’IA, mais également de mécanismes de vérification permettant de préserver la crédibilité des travaux académiques
.À travers cette Journée mondiale de l’éthique 2026, l’ANSTS, le Département de philosophie de l’UCAD et l’ED-ETHOS ont remis au centre du débat la nécessité de concilier innovation technologique et exigences déontologiques.
Les échanges ont mis en évidence un principe fondamental : l’intelligence artificielle peut constituer un outil précieux pour la recherche, à condition que son utilisation demeure transparente, encadrée et compatible avec l’autonomie intellectuelle du chercheur.
Dans un environnement scientifique en pleine mutation, la promotion d’une véritable culture de l’intégrité apparaît ainsi comme une responsabilité partagée entre les chercheurs, les étudiants et les institutions universitaires. L’enjeu est de tirer parti des avancées de l’IA générative sans compromettre la fiabilité des connaissances produites, la confiance dans la recherche et la crédibilité de l’enseignement supérieur.
Moussa Diba










