

Placée sous le thème « Le Patrimoine, école vivante au service du civisme et du développement durable », cette édition a réuni des conteurs, artistes, chercheurs et gardiens des traditions venus du Sénégal, du Burkina Faso, du Niger et de la Côte d’Ivoire. La cérémonie a été présidée par Mme Mame Coumba Diop, Ministre auprès du Ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, chargée de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique, en présence du Roi du Bour Sine, invité d’honneur.
Durant plusieurs jours, le festival a proposé des master class sur les arts oratoires, des ateliers de transmission, des rencontres professionnelles ainsi que des spectacles mettant à l’honneur la richesse du patrimoine immatériel africain. La clôture s’est déroulée autour d’un dîner gastronomique traditionnel, dans une ambiance où la parole, le chant et les récits ont rappelé toute la vitalité de l’oralité africaine.
À travers cette initiative, les organisateurs entendent faire du Sénégal une véritable capitale africaine du patrimoine, promouvoir le tourisme culturel, renforcer la transmission des valeurs civiques auprès des jeunes générations, favoriser le dialogue interculturel entre les peuples africains et contribuer à la sauvegarde ainsi qu’à la valorisation du patrimoine culturel immatériel.
Dans son allocution, Mme Mame Coumba Diop a souligné que le conte constitue depuis toujours une véritable école de la vie. Bien avant l’école moderne, a-t-elle rappelé, les récits, proverbes et veillées permettaient de transmettre les valeurs de respect, de solidarité, de courage, d’intégrité, de responsabilité et de vivre-ensemble.
La ministre a rendu un hommage appuyé aux femmes, notamment aux grands-mères, premières éducatrices et gardiennes de la parole traditionnelle, avant de rappeler que les contes africains enseignaient déjà le respect de la nature et les principes aujourd’hui associés au développement durable. Citant l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ, elle a insisté sur l’urgence de préserver cette « bibliothèque vivante » que constitue le patrimoine oral.
Elle a également réaffirmé l’engagement du Gouvernement du Sénégal à renforcer les politiques de sauvegarde, de protection et de valorisation du patrimoine culturel matériel et immatériel, conformément aux orientations de l’Agenda national de transformation et aux engagements pris dans le cadre de la Convention de l’UNESCO de 2003. Selon elle, le ministère entend accompagner davantage les manifestations culturelles structurantes comme La Grande Nuit du Conte, qui participent au rayonnement culturel, au développement des industries créatives et à l’attractivité touristique du Sénégal.
Fondateur de KËR LEYTI et initiateur de l’événement, Dr Massamba Guèye a présenté les principales innovations de cette troisième édition. Pour la première fois, la manifestation s’est tenue au Musée des Civilisations Noires afin d’inscrire davantage le conte dans une dynamique de valorisation du patrimoine. L’édition a également intégré le mime, comme forme de récit non verbal, ainsi que les marionnettes, tout en accueillant officiellement un chef traditionnel, le Roi du Bour Sine, comme président de séance.
Le conteur a insisté sur la nécessité de réconcilier les jeunes avec leur héritage culturel face aux influences des réseaux sociaux et aux discours qui dévalorisent les traditions africaines. Il a appelé les parents à redevenir les premiers passeurs de culture en racontant des contes, en transmettant les proverbes et en valorisant les savoir-faire traditionnels au sein des familles.
Évoquant les difficultés financières auxquelles fait face le festival, Dr Massamba Guèye a expliqué que l’événement est essentiellement financé grâce à ses propres ressources. Malgré ces contraintes, il a assuré que cette mission de transmission se poursuivra, affirmant que le véritable soutien de l’initiative demeure le public et sa foi en l’importance de préserver le patrimoine africain.
Invité d’honneur de cette édition, le Roi du Bour Sine a rappelé que les royaumes traditionnels du Sénégal ont bâti, depuis des siècles, des institutions, des valeurs et une organisation sociale qui continuent d’inspirer les générations actuelles. Selon lui, le conte est un puissant outil d’éducation, de cohésion sociale et de transmission des valeurs morales.
Il a appelé la jeunesse à concilier modernité et héritage culturel afin que le développement repose sur une identité forte, tout en rendant hommage aux chefs coutumiers, griots, chercheurs, artistes et gardiens des traditions qui œuvrent quotidiennement à préserver la mémoire collective.
Prenant également la parole, PKG, Roi des forgerons du Burkina Faso et conteur, a salué une initiative qui permet aux peuples africains de se reconnecter à leurs racines. Il a estimé que la transmission des valeurs culturelles est essentielle pour permettre aux jeunes Africains d’être fiers de leur identité et de leurs savoir-faire.
En réunissant artistes, chercheurs, autorités coutumières et responsables institutionnels autour de la parole, de la mémoire et de la transmission, la troisième édition de La Grande Nuit du Conte confirme son ambition de faire du patrimoine immatériel un puissant levier de citoyenneté, d’intégration africaine et de développement durable, tout en consolidant la place du Sénégal comme l’un des principaux pôles culturels du continent.
Moussa Diba











