

Devant un public composé d’acteurs culturels, de journalistes et de passionnés des arts de la scène, la pièce a plongé les spectateurs dans un univers intime et troublant. Sur scène, deux femmes incarnées par Zainabou Ba et Sadio Bodian évoluent dans un huis clos mental, métaphore d’une mémoire enfermée et d’un traumatisme persistant.
Contrairement à une narration classique, “SORS” ne met pas en scène les faits de violence, mais s’attarde sur l’après, sur ce qui subsiste dans les corps et les esprits. Le récit, structuré en trois mouvements affleurer, saillir, extraire, traduit une lente tentative de libération intérieure, dans un temps fragmenté entre souvenirs, présent et hallucinations.
S’inspirant de témoignages recueillis auprès de femmes victimes, mais aussi d’hommes ayant vécu des traumatismes dans leur enfance, Aicha Euzet revendique une écriture ancrée dans les réalités sociales. Ayant notamment travaillé avec des survivantes de viols de guerre en Bosnie-Herzégovine, elle inscrit cette œuvre dans une continuité artistique tournée vers les mémoires enfouies et les récits invisibilisés.
La scénographie, conçue par Mariana Blanc Moya, participe pleinement à l’immersion du spectateur. Jeux de lumière, univers sonore et espace scénique symbolique composent une “maison intérieure” où se mêlent réalité et imaginaire, traduisant la complexité des états psychiques des personnages.
Prenant la parole à l’issue de la représentation, le directeur artistique du Grand Théâtre, Samba Mballo, a salué une œuvre en phase avec les enjeux contemporains. Il a insisté sur le rôle du théâtre comme outil de sensibilisation et de transformation sociale, notamment sur des problématiques telles que les violences faites aux femmes et aux enfants.
De son côté, la comédienne Zainabou Ba a souligné l’importance de porter sur scène des réalités souvent tues : « Le théâtre est un miroir de la vie. Il permet de dire ce qui ne se dit pas ». Elle a également évoqué l’intensité du travail d’interprétation, nourri de témoignages réels et d’une immersion émotionnelle profonde.
Inscrit désormais dans le répertoire du Grand Théâtre, “SORS” ambitionne de poursuivre sa diffusion au Sénégal, en Afrique et à l’international, notamment en Europe. Une volonté partagée par l’équipe artistique, convaincue de la portée universelle du message.
À travers cette création, la compagnie NJËL , “lumière” en wolof , propose bien plus qu’un spectacle : une invitation à briser le silence, à affronter les blessures invisibles et à entrevoir un chemin vers la reconstruction.
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