Le Sénégal a franchi une étape majeure dans la structuration de sa politique mémorielle avec la tenue d’un atelier national de partage et d’orientation consacré au processus de création du Conseil National de la Mémoire et du Patrimoine Historique du Sénégal (CNMPHS).
Organisé par le Ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, en collaboration avec les acteurs scientifiques, culturels et institutionnels, cet atelier s’est déroulé en présence de M. Amadou Ba, Ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, de M. Bacary Sarr, Secrétaire d’État à la Culture, aux Industries créatives et au Patrimoine historique, du Professeur Mamadou Badji (Sémiotique, UGB ; ancien Recteur de l’Université Assane Seck de Ziguinchor), de la Professeure Rokhaya Fall, historienne et a réuni universitaires, chercheurs, détenteurs de savoirs endogènes, artistes, décideurs publics et représentants de l’État , ainsi que des professionnels des médias. Les travaux ont alterné sessions plénières et les travaux de groupes , dans un esprit de large concertation nationale.
Annoncé par le Président de la République lors du Conseil des ministres du 18 décembre 2024, le futur CNMPHS aura pour mission de coordonner, protéger et valoriser la mémoire collective et le patrimoine historique du Sénégal. Pendant deux jours, les participants ont travaillé à
● Définir les orientations stratégiques et les missions du Conseil ;
● Proposer sa structure, son fonctionnement et son cadre juridique ;
● Consolider le projet de décret officialisant sa création.
Ce processus marque une étape décisive dans la construction d’une politique nationale de la mémoire, conçue comme un levier de souveraineté culturelle, de transmission intergénérationnelle, d’éducation citoyenne et de rayonnement international du Sénégal.
La cérémonie d’ouverture a été marquée par une note introductive de Dr Massamba Guèye, conteur, chercheur et fondateur de la Maison de l’Oralité Ker Leyti, qui a posé avec force le cadre philosophique, politique et culturel de la démarche.
« Un peuple qui ne porte pas sur sa tête ses propres fagots vit avec un imaginaire d’emprunt », a-t-il rappelé, soulignant que le patrimoine ne se limite pas aux monuments, mais englobe également les savoirs, récits, pratiques, langues et traditions vivantes.
Dr Massamba Guèye a insisté sur la dimension politique du patrimoine, rappelant que la mémoire est sélective, vivante et collective, et qu’aucune autorité ne peut l’imposer aux communautés. Il a également alerté sur les menaces contemporaines pesant sur la mémoire nationale : trafic illicite des biens culturels, conflits armés, urbanisation anarchique, tourisme de masse et changements climatiques, citant des exemples concrets de disparition de sites et de récits historiques.
Il a enfin plaidé pour :
■ la numérisation systématique des archives;
■ la création de directions régionales du patrimoine ;
■ l’adossement du futur Conseil aux conventions internationales de l’UNESCO (1954, 1970, 1972, 2003, 2005) et à la Constitution sénégalaise.
Les termes de référence de l’atelier ont été présentés par le Professeur Mamadou Badji, ancien recteur de l’Université Assane Seck de Ziguinchor et enseignant-chercheur à l’UGB. Il a rappelé que la création du CNMPHS découle d’une instruction du Président de la République, annoncée lors du Conseil des ministres du 18 décembre 2024.
L’atelier vise notamment à :
● définir les orientations stratégiques du Conseil ;
● préciser ses missions, rôles et champs d’intervention ;
● proposer sa composition et les critères de nomination ;
● élaborer un projet de décret encadrant son fonctionnement ;
● formuler des recommandations pour une politique nationale de la mémoire et du patrimoine.
● Les résultats attendus incluent un document d’orientation stratégique et un cadre juridique institutionnel consensuel.
Dans son allocution, Monsieur Amadou Ba, Ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, a souligné que la création du CNMPHS s’inscrit pleinement dans la Vision Sénégal 2050.
« Il ne s’agit plus d’une approche contemplative du patrimoine, mais d’en faire un levier stratégique de transformation sociale, économique et culturelle », a-t-il déclaré.
Le ministre a insisté sur :
■ la nécessité d’une qualité scientifique et éthique irréprochable ;
■ une approche transdisciplinaire associant chercheurs, artistes, détenteurs de savoirs traditionnels, acteurs du numérique et institutions ;
■ une inclusion équilibrée des régions, des genres, des sensibilités culturelles et religieuses, y compris la diaspora.
■ S’appuyant sur la pensée de Cheikh Anta Diop, il a rappelé que le sentiment de continuité historique est le ciment de la cohésion nationale.
De son côté, Monsieur Bacary Sarr, Secrétaire d’État à la Culture, aux Industries créatives et au Patrimoine historique, a replacé l’initiative dans le cadre d’un grand projet national de souveraineté.
Il a précisé que l’atelier constitue une première étape d’un processus participatif de deux jours devant aboutir à un document de configuration du Conseil, intégrant toutes les sensibilités, expertises et savoir-faire du Sénégal.
À travers la mise en place du Conseil National de la Mémoire et du Patrimoine Historique, le Sénégal ambitionne de coordonner, protéger, transmettre et valoriser son héritage historique et culturel, non comme un vestige figé du passé, mais comme une ressource stratégique au service du développement, de la cohésion nationale et de l’influence internationale.
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