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Emploi des jeunes : LEGS Africa relance le débat sur l’efficacité des politiques publiques

L’organisation LEGS Africa a tenu ce jeudi 20 Novembre  2025 une table ronde consacrée au thème : « Politiques et programmes publics sur l’emploi et l’insertion des jeunes au Sénégal ».

La rencontre, organisée en partenariat avec le Bureau d’évaluation des politiques et programmes publics, a réuni un panel de haut niveau, des acteurs de la société civile, des journalistes, ainsi que des jeunes porteurs de projets.

La séance s’est déroulée en présence de Mounirou Ndiaye, ministre-conseiller et coordonnateur du Bureau d’évaluation des politiques publiques, de Amadou Bobo Ba, Directeur général du 3FPT, et de Elimane Kane, Président de LEGS Africa.

Dans son intervention, Mounirou Ndiaye a rappelé que le président de la République « a accéléré la finalisation du document portant sur les programmes publics », soulignant la nécessité d’améliorer leur conception et leur efficacité.

Il s’est félicité de la qualité des contributions et de la forte mobilisation autour de cette première table ronde, estimant qu’elle traduit « un nouveau souffle, une nouvelle dynamique et une nouvelle approche » dans l’analyse des politiques de l’emploi.

Selon lui, les programmes successifs menés depuis plusieurs décennies « n’ont pas produit les résultats attendus », d’où la nécessité d’une refonte globale :

« Il est temps de s’accorder sur l’urgence absolue que représente la question du chômage et d’élaborer une véritable politique nationale de l’emploi. Aujourd’hui, nous n’avons que des programmes épars, sans vision globale, sans validation scientifique des résultats. »

Il a insisté sur une démarche inclusive, participative et co-constructive, intégrant l’ensemble des parties prenantes pour définir la nouvelle stratégie nationale de l’emploi.

Pour Elimane Kane, Président de LEGS Africa, cette table ronde s’inscrit dans un partenariat stratégique entre la société civile et l’État pour renforcer l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques.

Il a rappelé que la question de l’emploi des jeunes traverse l’histoire politique du Sénégal depuis plus de 60 ans :

« Nous posons toujours les mêmes questions. Cela signifie qu’il est temps de changer de paradigme, d’adopter des solutions disruptives et d’abandonner les approches répétitives qui ne fonctionnent plus. »

Selon lui, l’écoute des citoyens, des entrepreneurs et des jeunes est essentielle pour produire des solutions adaptées aux réalités actuelles du marché du travail.

Il note également une ouverture positive du côté des décideurs :

« Il y a une volonté affirmée de remettre des choses sur la table, d’adopter des approches systémiques et d’intégrer la contribution de tous. Cela peut permettre de sortir du cercle vicieux de la crise de l’emploi. »

Dans une intervention particulièrement remarquée, Amadou Bobo Ba, Directeur général du 3FPT, a livré une analyse critique de l’efficacité des politiques de formation professionnelle.

Il estime que les chiffres officiels ne reflètent pas toujours la réalité :

« Certaines statistiques semblent fabriquées dans des bureaux, loin des problématiques vécues par les entreprises et les jeunes. >

Rappelant que 450 milliards de FCFA ont été investis ces dernières années dans la formation professionnelle, il a révélé avoir demandé un audit interne :

« Combien avons-nous réellement reçu ? Comment ces montants ont-ils été affectés ? Il est temps de dire la vérité sur l’efficacité des politiques publiques. »

Amadou Bobo Ba soutient que toute stratégie d’emploi doit démarrer par :

● une cartographie des métiers et des compétences,

● une analyse territoriale des besoins,

● un dialogue constant avec les entreprises.

« On ne peut pas parler d’adéquation formation-emploi sans partir du terrain. »

Avec l’introduction du budget-programme, il appelle à un suivi rigoureux :

■》indicateurs d’activités,

■ indicateurs de produits,

■ indicateurs d’effets,

■ indicateurs d’impact.

Il plaide pour une culture de redevabilité, basée sur la mesure du résultat plutôt que sur la production de statistiques.

La durabilité repose, selon lui, sur trois niveaux de compétences :

● compétences techniques,

● compétences comportementales,

● compétences numériques.

« Avec la révolution digitale, ceux qui ne s’adaptent pas risquent d’être exclus. Les métiers évoluent. »

Amadou Bobo Ba propose un modèle fondé sur une chaîne de valeur intégrée, impliquant :

■》l’État et les décideurs publics,

■ le secteur privé,

■ les partenaires techniques et financiers.

■ La co-construction des curricula devrait associer :

■ les centres de formation,

■》les entreprises,

■ les apprenants.

« L’efficacité d’une formation se mesure lorsque chacun gagne : le centre forme selon les besoins, l’entreprise recrute des compétences adaptées, et le jeune accède à un emploi durable. »

La table ronde de LEGS Africa aura permis d’ouvrir un débat franc, documenté et multiacteurs sur l’emploi des jeunes.

Tous les intervenants ont convergé vers une même conclusion : le Sénégal doit désormais dépasser les approches fragmentées et construire une véritable politique nationale de l’emploi, fondée sur :

□ la réalité du marché du travail,

□ la mesure de l’impact,

□ l’implication des entreprises,

□ et une gouvernance transparente.

Espace Afrique

Moussa DIBA

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