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Cyberviolence, stigmatisation, harcèlement : Adja Gaïta Ndour exige l’application des lois

À l’occasion du lancement officiel des 16 Jours d’Activisme contre les violences basées sur le genre, Adja Gaïta Ndour, Ambassadrice de l’Agenda de la Fille, a livré un discours d’une rare puissance, appelant à une prise de conscience nationale face à l’ampleur des violences subies par les femmes et les jeunes filles, tant dans l’espace physique que dans l’espace numérique.

« Nous prononçons si souvent l’expression violences basées sur le genre qu’elle finit parfois par se vider de son sens », a-t-elle d’emblée averti.

Pour elle, trop souvent, l’expression se transforme en un simple « mot-valise », incapable de traduire la profondeur des traumatismes vécus. Elle a dressé un tableau poignant des multiples visages de ces violences :

●  la jeune fille réduite au silence,

●  la femme qui accélère le pas par peur,

● l’épouse dissimulant ses blessures,

● l’adolescente harcelée pour son apparence,

●  l’enfant mariée trop tôt ou l’héritière dépossédée.

S’exprimant devant un parterre d’autorités, notamment la Ministre et Madame l’Ambassadrice, Adja Gaïta Ndour a particulièrement insisté sur la détresse silencieuse d’une jeunesse hyperconnectée, exposée à des formes nouvelles de violences invisibles mais destructrices.

Selon elle, les réseaux sociaux, initialement conçus pour rapprocher et offrir des opportunités, sont devenus un terrain d’humiliation publique :

■ lynchage digital,

■ bodyshaming,

■ insultes sexistes,

■ chantage à l’intimité,

■ menaces anonymes,

■ diffusion non consentie de photos et vidéos.

« Chaque publication devient un risque, chaque commentaire une menace, chaque partage non consenti un traumatisme », a-t-elle souligné, dénonçant une oppression numérique qui pousse de nombreuses jeunes filles à se cacher, s’isoler ou à recourir à des pratiques dangereuses comme la dépigmentation ou des interventions esthétiques risquées.

L’Ambassadrice a également pointé du doigt une autre forme de violence : la désinformation. Les contenus trompeurs, les standards irréalistes de beauté et la banalisation de la souffrance fragilisent l’estime de soi et brouillent la réalité des jeunes.

« Il est intolérable de mettre les violences basées sur le genre dans le lot des faits divers », a-t-elle martelé, rappelant leur gravité et leurs conséquences sociales profondes.

Adja Gaïta Ndour a rappelé l’existence d’un arsenal juridique censé protéger les victimes :

● les articles 248 et 431-47 du Code pénal, qui sanctionnent menaces, injures en ligne et diffamation ;

● la loi n°2008-11 sur la cybercriminalité, qui punit l’usurpation d’identité, la diffusion non consentie de données personnelles ou les contenus portant atteinte à la dignité.

Elle a interpellé les autorités :

« Que faisons-nous de ces lois ? Où sont-elles alors qu’on sape la dignité de mes sœurs ? »

L’Ambassadrice a appelé à des mesures concrètes, parmi lesquelles :

■la mise en place d’un mécanisme national de signalement rapide des violences numériques,

■ le renforcement du contrôle des contenus sur les plateformes,

■ le lancement d’une campagne nationale d’éducation numérique,

■et l’application rigoureuse des textes existants.

En clôturant son intervention, elle a cité la militante Aminata Dramé :

« Une société qui détruit ses jeunes filles se condamne elle-même. »

Un message puissant, inscrit au cœur de ces 16 Jours d’Activisme, et qui résonne comme une invitation collective à protéger, à éduquer et à transformer.

ESPACE AFRIQUE

Moussa DIBA

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