L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a accueilli, le mardi 3 novembre 2026, l’atelier de bilan du projet SENTERMINO. Cette rencontre a marqué la clôture de la première phase de cette initiative consacrée au développement et à la valorisation de la terminologie scientifique en langues nationales. À cette occasion, plus de 5 000 entrées terminologiques ont été produites en wolof, pulaar et seereer, avec des fiches et des livrets destinés à faciliter l’appropriation des connaissances scientifiques.
Piloté par l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN) et l’École supérieure polytechnique (ESP) de l’UCAD, avec le soutien de l’UNESCO et de l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation (IFEF), le projet SENTERMINO ambitionne de mettre en place un socle scientifique et terminologique permettant de renforcer l’enseignement des sciences dans les langues nationales. Il s’inscrit également dans la dynamique d’accompagnement du Modèle harmonisé d’enseignement bilingue au Sénégal (MOHEBS).
La cérémonie, présidée par le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a été marquée par la remise officielle des ressources produites au cours de cette première phase.

Prenant la parole, le ministre a placé cette initiative au cœur des enjeux de souveraineté culturelle, intellectuelle, économique et numérique du Sénégal. Selon lui, les langues nationales constituent des instruments essentiels de compréhension, de transmission et de maîtrise de l’environnement scientifique et technologique.Pour Moustapha Mamba Guirassy, la question linguistique ne peut plus être dissociée des transformations numériques qui façonnent désormais les sociétés. Il a notamment souligné que la promotion des langues nationales doit impérativement s’accompagner de leur intégration dans les outils numériques, les claviers, les systèmes d’exploitation et les interfaces des téléphones et des ordinateurs.« Lorsque vous faites la promotion des langues dans les salles de classe d’alphabétisation, dans les villages, mais que vous ne créez pas de pont avec le digital et le numérique, vous risquez d’enfermer ces populations dans une nouvelle forme d’analphabétisme », a-t-il averti.
Le ministre a également insisté sur la nécessité de dépasser les approches sectorielles. Pour lui, SENTERMINO doit devenir un programme transversal impliquant plusieurs départements ministériels, notamment ceux chargés de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur, de la Culture, du Tourisme, de la Recherche, de l’Économie sociale et solidaire et de l’Autonomisation des femmes. Il a ainsi plaidé pour un portage institutionnel de haut niveau afin de garantir une mobilisation durable autour de cette ambition nationale.

De son côté, Mme Adjaratou Oumar Sall, cheffe du laboratoire de linguistique de l’IFAN, est revenue sur les principaux acquis du projet. Elle a notamment mis en avant la mise en place d’une plateforme numérique permettant de regrouper des ressources terminologiques auparavant dispersées dans plus de 120 ouvrages consacrés à la terminologie.Elle a également souligné la création de groupes de travail réunissant linguistes et personnes ressources autour de différentes disciplines, notamment les mathématiques et le numérique. Ce dispositif a permis de produire plus de 5 000 termes scientifiques dans les trois langues concernées.
Ces ressources sont progressivement soumises à un processus de validation avant leur diffusion et leur appropriation par le grand public. La plateforme permettra ainsi aux enseignants, aux chercheurs, aux journalistes et aux citoyens de rechercher des termes scientifiques et de disposer de leurs équivalents en langues nationales.Pour Mme Sall, l’ambition est désormais de transformer cette expérience en un programme pérenne, capable d’accompagner l’introduction des langues nationales dans le système éducatif et de répondre aux besoins de terminologie dans différents secteurs.

Le représentant de l’UNESCO, Dimitri Sanga, a pour sa part rappelé l’importance de l’apprentissage dans la langue maternelle ou dans une langue que l’apprenant maîtrise. Il a souligné que les résultats des études sur les apprentissages montrent de meilleures performances lorsque les enseignements sont dispensés dans une langue familière à l’apprenant.Il a également insisté sur la dimension culturelle du projet, estimant que la valorisation des langues nationales participe directement à la construction de la souveraineté culturelle et à la reconnaissance du patrimoine linguistique. Il s’est réjoui de voir cette initiative bénéficier d’une dynamique d’appropriation institutionnelle et gouvernementale.

Le recteur de l’UCAD, le professeur Alioune Badara Kandji, a également salué les résultats obtenus, tout en rappelant le rôle stratégique de l’université dans la production des connaissances, la recherche et l’innovation au service des sociétés.Il a souligné que les langues nationales doivent être considérées non seulement comme des instruments de communication, mais également comme de véritables outils de pensée, de recherche et de transmission des savoirs.
Le recteur a notamment relevé les résultats encourageants de cette première phase, avec plus de 5 000 termes scientifiques traités, une banque terminologique numérique, plus de 120 ouvrages recensés ainsi que des ressources pédagogiques destinées à soutenir l’enseignement des sciences en langues nationales.Il a toutefois précisé que la clôture de la collaboration avec l’UNESCO ne devait pas signifier la fin de l’initiative. L’enjeu est désormais d’assurer la pérennisation des acquis, la maintenance et l’alimentation régulière de la plateforme, le renforcement des compétences et l’élargissement des partenariats.

Après cette première étape, SENTERMINO entre dans une nouvelle perspective à travers le programme SENTERMINO-EDSAN, prévu pour la période 2027-2029.Cette nouvelle phase prévoit notamment l’extension de l’initiative à six langues nationales, ainsi que l’intégration de nouveaux domaines de connaissances au-delà de l’éducation, notamment la santé, l’environnement, l’agriculture et le numérique.
L’objectif est également de consolider les acquis de la phase initiale, de renforcer le processus de validation terminologique et d’assurer le déploiement opérationnel et durable de la plateforme numérique.
À travers SENTERMINO, le Sénégal entend ainsi renforcer la place de ses langues nationales dans la production et la transmission des connaissances scientifiques, tout en faisant du numérique un levier d’inclusion, d’équité et de souveraineté. Une ambition qui vise à permettre aux générations actuelles et futures d’apprendre, de comprendre et de maîtriser les sciences à partir de leurs propres langues.
Moussa Diba










