Accueil / Technology / Éthiopie : Addis-Abeba accélère la production locale de drones militaires

Éthiopie : Addis-Abeba accélère la production locale de drones militaires

L’Éthiopie franchit une nouvelle étape dans sa stratégie d’autonomie militaire. Après avoir largement recours aux drones turcs durant la guerre du Tigré, Addis-Abeba cherche désormais à développer une capacité nationale de production d’appareils sans pilote, dans un contexte marqué par la persistance de plusieurs conflits internes.

Le paysage militaire éthiopien est en pleine mutation. À Addis-Abeba, deux sites industriels seraient désormais engagés dans la fabrication de drones destinés aux usages civils et militaires. Selon des analystes cités par l’AFP, la flotte éthiopienne pourrait compter plusieurs milliers d’appareils.

Symbole de cette ambition industrielle, SkyWin Aeronautics Industries a été inaugurée en mars 2025 dans la capitale par le Premier ministre Abiy Ahmed. L’entreprise produit notamment des drones civils et militaires, parmi lesquels le modèle SW01.

Une deuxième structure, Aeroabay, aurait également commencé ses activités à la fin de 2025. Selon l’organisation PAX, elle produirait à grande échelle de petits drones FPV armés, dont le prix unitaire serait compris entre 5 000 et 10 000 dollars.

Derrière cette montée en puissance, une question demeure : dans quelle mesure ces drones sont-ils réellement « éthiopiens » ?

Les autorités mettent en avant le développement d’une industrie nationale de défense, mais l’origine de nombreux composants et technologies demeure difficile à établir. La presse étrangère n’a notamment pas pu accéder aux installations de SkyWin.

Le SIPRI estime qu’une part importante des technologies utilisées reste importée. De son côté, Janes souligne les similitudes entre le SW01 et certains modèles commerciaux chinois, alimentant les interrogations sur le niveau réel d’autonomie technologique de l’industrie éthiopienne.

Cette montée en puissance intervient alors que l’armée fédérale est la seule force éthiopienne connue pour disposer de drones armés.

Dans la région Amhara, où les autorités affrontent l’insurrection du mouvement Fano depuis avril 2023, les données d’ACLED font état de 102 frappes de drones menées par les forces fédérales depuis le début du conflit. Le Tigré aurait également été touché par plusieurs frappes cette année, dont au moins sept au mois d’août.

L’utilisation de ces appareils ne se limite donc plus aux opérations conventionnelles : elle s’inscrit désormais dans les conflits internes qui continuent de fragiliser le pays.

Pour le Premier ministre Abiy Ahmed, le développement d’une industrie nationale de drones participe à une stratégie plus large de souveraineté et de dissuasion militaire. Le gouvernement présente cette capacité comme un moyen de renforcer la défense du pays et, à terme, de contribuer à prévenir les conflits.

Mais cette ambition suscite également des inquiétudes. Des frappes de drones menées dans le cadre des opérations militaires éthiopiennes ont été mises en cause dans la mort de civils, notamment en Amhara, au Tigré et en Oromia.

L’Éthiopie se trouve ainsi face à un double enjeu : consolider son autonomie technologique dans le domaine militaire tout en répondant aux préoccupations croissantes concernant l’utilisation de ces armes dans les conflits internes.

Entre souveraineté industrielle affichée, dépendance persistante aux technologies étrangères et multiplication des opérations aériennes, le développement de la filière éthiopienne des drones marque une nouvelle étape dans la transformation de l’appareil militaire d’Addis-Abeba.

Espace Afrique

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *