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Justice climatique : à Dakar, les femmes réclament des actions concrètes face à l’urgence climatique

L’association Vacances Vertes a organisé, ce samedi 24 octobre à Dakar, la sixième édition de la Marche des femmes pour la justice climatique. Conduite par sa présidente, Mme Khady Camara, cette mobilisation a réuni des femmes venues des zones rurales et urbaines, notamment de Ziguinchor, de Saint-Louis, de Diourbel , de Fatick, de Kédougou et de la banlieue dakaroise, pour interpeller les décideurs sur les conséquences du changement climatique et réclamer des mesures concrètes en faveur des populations les plus vulnérables.

À quelques jours de l’ouverture de la 31ᵉ Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP31), prévue en Turquie, cette marche a constitué une tribune pour porter les préoccupations des communautés africaines, particulièrement celles des femmes dont les activités économiques et les conditions de vie sont fortement affectées par les bouleversements environnementaux.

Prenant la parole, la présidente de l’association Vacances Vertes, Mme Khady Camara, a d’abord remercié les participantes venues des différentes régions du Sénégal, ainsi que les autorités administratives et les forces de sécurité pour leur accompagnement dans l’organisation de la marche.

Pour elle, la crise climatique dépasse largement la seule question environnementale. Elle se trouve, selon ses explications, au croisement de plusieurs problématiques sociales et économiques, notamment la pauvreté, la précarité énergétique, l’accès à l’emploi, les inégalités et le manque de solidarité.

« La lutte contre le changement climatique est l’affaire de tous, des jeunes aux grands-parents, en passant par les porteuses de solutions locales, les associations et les mouvements sociaux », a-t-elle souligné, insistant sur la nécessité de reconnaître pleinement la contribution des femmes à la transition écologique.

La présidente de Vacances Vertes a également dénoncé les difficultés persistantes auxquelles les femmes sont confrontées dans l’accès à la terre, aux ressources productives et financières, à l’éducation, à la santé, aux marchés et aux opportunités d’emploi. Des obstacles qui, selon elle, accentuent leur vulnérabilité face aux conséquences du changement climatique.

Dans son intervention, Mme Khady Camara s’est appuyée sur les conclusions du sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour attirer l’attention sur les risques qui pèsent sur l’Afrique de l’Ouest.

Elle a notamment évoqué la hausse des températures, les épisodes de chaleur extrême, les précipitations imprévisibles, les inondations, les sécheresses, la dégradation des terres agricoles et l’érosion côtière. Autant de phénomènes qui fragilisent les moyens de subsistance des populations et menacent la sécurité alimentaire.

Les conséquences sont particulièrement préoccupantes pour les femmes rurales, dont les activités dépendent largement des ressources naturelles. L’agriculture, la transformation des produits locaux et la pêche figurent parmi les secteurs exposés aux perturbations climatiques.

À Dakar et dans sa banlieue, les inondations récurrentes illustrent également les difficultés auxquelles sont confrontées les populations urbaines. Dans les zones côtières, l’érosion menace les habitations, les infrastructures et les activités économiques.

Face à cette situation, la présidente de Vacances Vertes a plaidé pour une transformation des modes de production et de consommation, une meilleure protection des écosystèmes et des investissements plus importants dans les infrastructures vertes.

À l’approche de la COP31, Mme Khady Camara a formulé plusieurs revendications destinées aux négociateurs internationaux. Elle a notamment appelé à accélérer la transition énergétique, à renforcer les financements climatiques en faveur des pays vulnérables et à garantir une meilleure prise en charge des pertes et préjudices provoqués par les dérèglements climatiques.

Elle a insisté sur la nécessité de rendre les financements accessibles, prévisibles et prioritairement accordés sous forme de dons plutôt que de prêts, afin de ne pas alourdir davantage l’endettement des pays africains.

La militante écologiste a également plaidé pour une sortie progressive des énergies fossiles, conformément aux objectifs de l’Accord de Paris, ainsi que pour des engagements plus contraignants en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Au-delà des négociations internationales, elle a appelé le Sénégal à prendre des mesures immédiates pour renforcer la résilience des communautés, restaurer les terres dégradées, soutenir une agriculture durable et valoriser la biodiversité locale.« L’espoir, c’est l’action », a-t-elle rappelé, soulignant que la participation massive des femmes est indispensable à toute transformation écologique durable.

Représentant le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, M. Ibrahima Faye a salué l’initiative de Vacances Vertes et la mobilisation des femmes venues des différentes régions du pays.

Selon lui, cette marche rappelle que la lutte contre les changements climatiques constitue une responsabilité collective, mais exige également que les femmes soient pleinement reconnues comme des actrices majeures de la sensibilisation, de la résilience communautaire et de la transformation écologique.

À l’approche de la COP31, il a souligné que l’action climatique ne se limite pas aux négociations internationales. Elle se construit aussi au sein des communautés, à travers les changements de comportement, l’engagement citoyen et la participation de toutes les composantes de la société.

Le représentant du ministère a enfin appelé au renforcement des synergies entre les institutions publiques, les organisations de la société civile et les citoyens pour bâtir un Sénégal plus résilient face aux effets du changement climatique.

Pour sa part, Mme Adama Samb, représentante de l’ambassade du Royaume-Uni au Sénégal, a remercié l’association Vacances Vertes pour son invitation. Elle a expliqué que l’ambassadrice, empêchée d’assister à la cérémonie en raison d’un déplacement à l’étranger, avait souhaité se faire représenter.

Elle a rappelé que les questions climatiques occupent une place importante dans les priorités de l’ambassade britannique, tout en s’engageant à transmettre les préoccupations exprimées par les participantes ainsi que les messages portés par cette initiative.

Venue représenter les femmes de Ziguinchor, Mme Léonie Gomis, vice-présidente de la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance, a décrit les répercussions concrètes du changement climatique sur les activités économiques et les conditions de vie des femmes de sa région.Elle a notamment évoqué les difficultés rencontrées dans la riziculture en raison de la salinisation et de l’acidification des sols, qui réduisent les rendements et fragilisent les revenus des ménages.

Les écosystèmes de mangrove, essentiels aux activités de collecte et de commercialisation des huîtres, subissent également des perturbations. À ces difficultés s’ajoute l’érosion côtière, qui menace certains villages et espaces de vie, notamment dans les zones insulaires.

Face à ces défis, Mme Gomis a appelé l’État à renforcer son accompagnement et à mettre en œuvre des actions concrètes pour lutter contre la salinisation des terres, protéger les mangroves et freiner l’érosion côtière.Elle a insisté sur le fait que ces phénomènes affectent directement les capacités des femmes à exercer leurs activités et à subvenir aux besoins de leurs familles.

À travers cette sixième édition de la Marche des femmes pour la justice climatique, l’association Vacances Vertes entend rappeler que les populations les plus exposées aux dérèglements climatiques doivent être pleinement associées aux décisions et bénéficier de réponses adaptées à leurs réalités.

De Dakar à la Casamance, en passant par les zones rurales et les territoires côtiers, les témoignages recueillis mettent en évidence l’urgence de renforcer les mécanismes de protection des ressources naturelles, de soutenir les activités économiques vulnérables et de promouvoir des politiques climatiques plus inclusives.

À l’approche de la COP31, les participantes ont ainsi lancé un appel aux gouvernements et à la communauté internationale : faire de la justice climatique une priorité concrète, fondée sur des financements accessibles, des engagements durables et une meilleure reconnaissance du rôle des femmes dans la préservation de l’environnement.

Moussa Diba

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