
C’est une excellente question.
Vous savez, les microorganismes sont souvent associés aux maladies, mais en réalité, la grande majorité d’entre eux sont bénéfiques. Ils jouent un rôle essentiel dans notre santé, notre alimentation et, bien sûr, dans le fonctionnement des sols. Les bactéries et les champignons qui vivent naturellement dans le sol constituent une véritable richesse biologique, encore largement sous-exploitée.
Dans les années 1980, un chercheur japonais a démontré qu’il était possible d’utiliser plusieurs microorganismes ensemble, sous forme de consortium, c’est-à-dire un assemblage naturel de microorganismes qui agissent en synergie.Cette approche est devenue une véritable technologie agroécologique. L’objectif de notre thèse était d’adapter ce concept aux réalités africaines, et plus particulièrement au contexte sénégalais.
Pour y parvenir, nous avons développé des biofertilisants à partir d’ingrédients disponibles localement et de microorganismes autochtones. Grâce à des outils modernes, notamment le séquençage des gènes, nous avons pu caractériser précisément les communautés microbiennes présentes dans ces bioproduits.
Nous avons ainsi confirmé qu’ils étaient exempts de microorganismes pathogènes et composés exclusivement de bactéries et de champignons bénéfiques pour les plantes.
Nous avons ensuite évalué leur efficacité sur la tomate, cultivée en serre dans des conditions normales et en conditions de stress salin. Les résultats sont particulièrement encourageants.Tous les biofertilisants testés ont amélioré de manière significative la croissance des plantes, leur vigueur, leur capacité à assimiler les nutriments, notamment l’azote, ainsi que leur activité photosynthétique.
L’un des résultats les plus marquants concerne le système racinaire. Même en présence de fortes concentrations de sel, les plantes traitées ont développé des racines beaucoup plus importantes. Or, la salinité affecte généralement les racines en premier, limitant ainsi l’absorption de l’eau et des éléments nutritifs. En favorisant un meilleur développement racinaire, nos biofertilisants permettent donc aux plantes de continuer à se nourrir et à croître malgré le stress salin.
DR ZOUMMAN MAHOUGNON
En résumé, nos travaux démontrent que des biofertilisants conçus à partir de microorganismes autochtones peuvent renforcer efficacement la tolérance des cultures au stress salin. C’est une approche durable, adaptée aux réalités africaines et porteuse d’espoir pour une agriculture plus résiliante face au changement climatique.
Concrètement, comment ces microorganismes peuvent-ils améliorer les rendements agricoles tout en réduisant le recours aux engrais et autres intrants chimiques ?
C’est justement tout l’intérêt de cette approche.Les biofertilisants que nous avons développés contiennent des microorganismes naturellement tolérants au sel. Une fois associés aux racines de la plante, ces microorganismes l’aident à mieux faire face au stress salin en activant plusieurs mécanismes naturels de protection.
D’abord, ils favorisent la production de molécules appelées osmoprotecteurs, qui permettent aux cellules végétales de maintenir leur équilibre malgré la forte concentration en sel.
Ensuite, ils produisent des phytohormones de croissance, comme l’auxine, qui stimule le développement des racines, ou influencent les mécanismes liés à l’acide abscssique, permettant à la plante de mieux gérer son eau en période de stress.Ils produisent également une enzyme très importante, l’ACC- désaminase, qui réduit la synthèse de l’éthylène, une hormone que la plante fabrique en grande quantité lorsqu’elle est stressée. Si cette hormone est utile à faible dose, un excès ralentit fortement la croissance, notamment celle des racines.
En limitant cette production, les microorganismes permettent à la plante de continuer à développer son système racinaire et d’explorer davantage le sol pour absorber l’eau et les éléments nutritifs.
Enfin, certaines de ces bactéries sont capables d’activer des gènes de défense chez la plante, renforçant ainsi naturellement sa capacité à résister au stress salin.
Concrètement, cela signifie que la plante pousse mieux, absorbe plus efficacement les nutriments et utilise davantage les ressources déjà présentes dans le sol. Les besoins en engrais chimiques peuvent donc être réduits, tout en maintenant, voire en améliorant, les rendements agricoles.
C’est un double bénéfice : pour les producteurs, qui réduisent leurs coûts de production, et pour l’environnement, grâce à une agriculture plus durable et plus respectueuse des sols.
Propros recueillis par Kuessi Togbé










