Le 17ᵉ chef du gouvernement sénégalais depuis l’indépendance s’apprête à prononcer sa Déclaration de politique générale (DPG). Ahmadou Al Aminou Lo n’arrive ni avec une page blanche ni avec un nouveau projet politique. Lors de sa nomination, il avait lui-même précisé qu’il ne s’agissait pas d’un changement de cap, mais d’un changement de méthode. C’est précisément sur cette promesse que j’attends sa DPG.
La DPG ne devra donc pas seulement nous dire ce que le gouvernement Lo veut faire, mais avec quels moyens, dans quels délais et au prix de quels arbitrages.
Je n’attends pas un nouveau catalogue d’ambitions. La souveraineté, l’industrialisation, l’emploi, la transformation agricole, l’amélioration des services publics, la bonne gouvernance et la justice sociale figuraient déjà largement dans la DPG prononcée par Ousmane Sonko le 27 décembre 2024, elle-même adossée à l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ».
J’attends d’abord un bilan.* Qu’est-ce qui a réellement été accompli depuis 2024 ? Qu’est-ce qui est engagé ? Qu’est-ce qui a pris du retard ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Le changement de Premier ministre ne doit pas remettre les compteurs à zéro lorsque le cap reste officiellement le même.
Cette exigence vaut d’autant plus qu’Ahmadou Al Aminou Lo était auparavant ministre d’État auprès du Président de la République, chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». Il est donc particulièrement bien placé pour mesurer l’écart entre les objectifs annoncés et les résultats obtenus.
J’attends ensuite des priorités et des arbitrages.* Gouverner, ce n’est pas promettre de tout faire en même temps. C’est choisir, hiérarchiser, financer et parfois différer. Quelques engagements clairement identifiés, chiffrés, financés et assortis de délais seraient plus utiles qu’une longue succession de promesses.
Mais une politique publique ne se juge pas seulement à sa faisabilité. Il faut aussi demander : *au bénéfice de qui ? Qui supportera l’effort ? Comment les bénéfices seront-ils répartis ?
Le redressement des finances publiques est nécessaire, mais il ne peut reposer disproportionnellement sur les ménages modestes. La création de richesse est indispensable, mais elle doit produire des emplois et financer de meilleurs services publics. L’entreprise et l’investissement privé doivent être encouragés, mais dans un cadre où la puissance publique garantit l’intérêt général, organise la solidarité et corrige les inégalités injustes. *C’est cette articulation entre efficacité économique et justice sociale que je défends.
J’attends également que le Premier ministre donne un contenu concret à son « changement de méthode ».* Comment les ministres seront-ils évalués ? Quels indicateurs permettront de suivre les politiques publiques ? Qui répondra des retards et des échecs ? Comment accélérer les arbitrages ? Comment concilier le respect des procédures avec l’obligation de résultat ?
Enfin, j’attends une DPG qui revienne aux réalités quotidiennes : l’emploi des jeunes, le revenu des ménages, le prix de l’eau et de l’électricité, l’accès au financement des entreprises, la qualité de l’école, de l’hôpital et du service public.
Car le pragmatisme exige des résultats ; la social-démocratie exige que ces résultats améliorent la vie collective et réduisent les inégalités injustes.
Après soixante-six années d’indépendance et dix-sept chefs de gouvernement, le Sénégal a accumulé suffisamment de visions, de plans et de programmes.
J’attends enfin que cette DPG ouvre le temps des promesses mesurables, pour gouverner après le temps des slogans.
Rendre compte, prioriser, arbitrer et réaliser : c’est à cette aune que je jugerai la nouvelle méthode annoncée.
Pr Falilou COUNDOUL : universitaire, acteur politique et responsable du Think Tank Pragmatisme Social-Démocrate










