La deuxième édition du Colloque Cyber 2026 s’est ouverte ce mardi 13 octobre à Dakar, sous l’égide du programme CREDA Cybersecure. Portée par le Centre de recherches et d’études pour le développement en Afrique (CREDA), cette rencontre sous-régionale met l’accent sur le renforcement des compétences, la sensibilisation communautaire et la coopération ouest-africaine face aux menaces numériques. La République islamique d’Iran est le pays invité d’honneur de cette édition.
La cybersécurité et la souveraineté numérique s’imposent désormais comme des enjeux stratégiques pour les États africains. C’est dans ce contexte que se tient, à Dakar, la deuxième édition du Colloque Cyber 2026, qui ambitionne de mobiliser les acteurs publics, privés, universitaires et les partenaires au développement autour des défis liés à la protection des systèmes d’information et des données
.L’événement devrait réunir entre 150 et 250 participants, parmi lesquels des représentants des présidences de la République, des cabinets des Premiers ministres, des ministères, des universités, du secteur privé et des partenaires au développement
.Les travaux s’articulent autour de plusieurs axes prioritaires : le développement des ressources humaines et la formation, la sensibilisation des communautés, le renforcement de la coopération sous-régionale et l’amélioration de la gouvernance de la sécurité numérique. L’objectif est de contribuer à la construction d’un cyberespace ouest-africain plus résilient, mieux protégé et davantage maître de ses données.
Prenant la parole à l’ouverture, le directeur du CREDA et coordonnateur du programme Cybersecure 2026, Alioune Badara Sy, a insisté sur la nécessité d’accompagner la transformation numérique par des mécanismes de sécurité adaptés.
Selon lui, la généralisation des outils numériques dans les administrations, les entreprises et la vie quotidienne des populations doit impérativement s’accompagner d’une politique de prévention et de protection contre les cyberattaques.
« Nous sommes à l’ère du numérique, où tout tend à être digitalisé. Mais cette transformation doit être accompagnée par des dispositifs de sécurité, car des acteurs malveillants exploitent les vulnérabilités de notre écosystème », a-t-il expliqué en substance.
Pour le responsable du CREDA, la réponse doit reposer sur deux leviers complémentaires : le renforcement continu des compétences et la sensibilisation communautaire. Il estime que les populations, notamment les commerçants, les sportifs et les usagers ordinaires des services numériques, restent particulièrement exposées lorsqu’elles ne disposent pas d’informations suffisantes sur les risques.
Il a notamment évoqué les escroqueries de faible montant, qui peuvent générer des gains considérables pour les cybercriminels lorsqu’elles sont reproduites à grande échelle. Les administrations publiques ne sont pas non plus épargnées, comme l’illustrent les attaques ayant récemment visé des systèmes institutionnels au Sénégal.
Monsieur Alioune Badara Sy a également mis en garde contre les risques liés à la dépendance numérique. À ses yeux, la maîtrise des données constitue désormais un enjeu de pouvoir et d’indépendance. Il a ainsi évoqué le risque d’une « cybercolonisation », appelant les pays africains à développer leurs propres compétences et mécanismes de défense
.Le directeur du CREDA a, par ailleurs, défendu une approche pluridisciplinaire associant les dimensions technologiques, économiques, juridiques et sociologiques. Il a souligné que les stratégies de sensibilisation doivent être adaptées aux réalités des populations ciblées, notamment à leur niveau d’éducation, à leurs langues et aux canaux de communication qu’elles utilisent.
À l’issue des travaux, le colloque devrait déboucher sur un document didactique destiné à accompagner les décideurs et les administrations dans l’identification des risques et la mise en œuvre de réponses opérationnelles. L’ambition est de proposer des outils pratiques pouvant être adaptés aux spécificités de chaque pays de la sous-région.

Représentant l’ambassadeur de Côte d’Ivoire au Sénégal, M. Tounkara a, pour sa part, souligné que la cybersécurité ne saurait être considérée comme une préoccupation exclusivement technique réservée aux informaticiens
.Il a rappelé que la transformation numérique offre des possibilités importantes pour moderniser les administrations, améliorer la qualité des services publics, renforcer la transparence et rapprocher les institutions des citoyens. Toutefois, cette évolution s’accompagne de risques croissants, notamment les attaques informatiques, les escroqueries en ligne, l’usurpation d’identité, le vol de données personnelles et la désinformation.
« La cybersécurité doit devenir une responsabilité collective, une priorité de gouvernance publique et un véritable enjeu de citoyenneté », a-t-il déclaré en substance.
Le représentant ivoirien a particulièrement insisté sur l’adaptation des programmes de formation aux réalités des administrations africaines. Ces dispositifs doivent permettre aux agents publics de détecter les tentatives de fraude, de protéger les données sensibles, d’adopter des pratiques numériques responsables et de réagir efficacement aux incidents de sécurité.
Il a également plaidé pour une formation continue, accessible à toutes les catégories de personnels, des responsables administratifs aux agents de terrain, en passant par les professionnels des secteurs financier et sanitaire.
La sensibilisation des communautés constitue, selon lui, un autre pilier essentiel. Les familles, les étudiants, les commerçants, les petites et moyennes entreprises ainsi que les utilisateurs des réseaux sociaux doivent être davantage informés des risques et des bonnes pratiques numériques.
Pour M. Tounkara, les campagnes de prévention doivent être régulières, accessibles et adaptées aux réalités sociales, linguistiques et culturelles des populations. Les médias, les organisations de la société civile, les associations de jeunesse, les établissements scolaires et les acteurs du secteur numérique sont appelés à prendre pleinement part à cette dynamique
.Il a enfin souligné l’importance d’une coopération renforcée entre les États ouest-africains, estimant qu’aucun pays ne peut, à lui seul, faire face à des menaces qui ignorent les frontières. Le partage d’expériences, l’harmonisation des référentiels de formation et la mise en place de mécanismes de réponse coordonnée figurent ainsi parmi les pistes à privilégier.
Cette coopération, a-t-il rappelé, doit également préserver les libertés individuelles, le droit à la vie privée et la protection des données personnelles.

Partenaire du colloque, le directeur général de Business Center Groupe, Boubacar Sagna, a également réaffirmé l’importance d’accompagner les initiatives visant à renforcer l’autonomie numérique du continent.
Il a souligné que la souveraineté numérique est devenue une exigence essentielle pour les États africains, qui doivent disposer des connaissances, des compétences et des mécanismes nécessaires pour faire face aux menaces actuelles et futures.
Selon lui, cet accompagnement doit notamment concerner les centres de recherche et de développement, les établissements d’enseignement, les administrations publiques et les communautés.Il a attiré l’attention sur la vulnérabilité des citoyens face aux arnaques en ligne, qui peuvent occasionner des pertes financières importantes, mais aussi sur les risques auxquels les institutions publiques sont exposées.
Pour Boubacar Sagna, la mobilisation des partenaires autour de la recherche, de la formation et de la sensibilisation constitue une étape importante pour renforcer les capacités africaines en matière de cybersécurité
.À travers cette deuxième édition, le Colloque Cyber 2026 entend favoriser une dynamique régionale reposant sur la mutualisation des expertises, la formation des acteurs et la diffusion d’une culture de la sécurité numérique.
Au-delà des échanges, les organisateurs ambitionnent de faire émerger des recommandations concrètes, des outils pédagogiques adaptés et des mécanismes de coopération durables entre les administrations, les universités, les centres de recherche et le secteur privé.
L’enjeu est de faire de la cybersécurité une responsabilité partagée et un levier de souveraineté, afin que la transformation numérique de l’Afrique de l’Ouest puisse s’appuyer sur des systèmes plus sûrs, des citoyens mieux informés et des institutions davantage préparées aux menaces émergentes.
moussa Diba










