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Adieu, le Cheikh

« Gens de Dieu, songez à votre mort prochaine. Éveillez-vous, oh, éveillez-vous ! Azraël, l’Ange de la Mort, déjà fend la terre vers vous. Il va surgir à vos pieds. Gens de Dieu, la mort n’est pas cette sournoise qu’on croit, qui vient quand on ne l’attend pas, qui se dissimule si bien que, lorsqu’elle est venue, plus personne n’est là.

Gens de Dieu, la mort n’est pas cette nuit qui pénètre d’ombre, traîtreusement, l’ardeur innocente et vive d’un jour d’été. Elle avertit, puis elle fauche en plein midi de l’intelligence… »

À lire ces mots qu’il écrivait dans L’Aventure ambiguë, on pourrait croire que Cheikh Hamidou Kane s’était déjà préparé à ce jour. Il avait, d’une certaine manière, apprivoisé la mort

.Tout son récit, en définitive, semble enseigner un art : l’art de vivre, de comprendre, et peut-être surtout, de mourir en paix avec soi-même et avec Dieu.

L’homme a traversé les grandes crises de la vie politique et sociale sénégalaise. Il est pourtant toujours demeuré serein. Il en parlait avec cette hauteur, cette retenue et cette tranquillité qui semblaient être les marques d’un homme ayant appris à se détacher de ce qui n’est qu’éphémère.

Cela se comprend peut-être lorsqu’on se souvient de ces autres mots qu’il a écrits :« Les prières profondes doivent certainement incinérer dans l’homme toute exubérance profane de vie. »

Au pays des Diallobé, d’ailleurs, de la bouche même du Maître, une vérité demeure :« La mort sera le bonheur de la rencontre avec Dieu. »Puisse-t-il en être ainsi pour Cheikh Hamidou Kane.

Qu’Allah SWT lui réserve les plus belles demeures de Son Paradis, lui qui écrivait encore :« Il faut construire des demeures solides pour les hommes et il faut sauver Dieu à l’intérieur de ces demeures. »Et cette phrase, si simple et si profonde :« Mon père ne vit pas, il prie. »Peut-être est-ce là, finalement, le plus bel héritage que nous laisse le Cheikh : celui d’une vie tournée vers l’essentiel, vers la connaissance, la foi, la transmission et cette quête permanente de sens qui dépasse l’existence terrestre.

Que vive le Sénégal.Et que, dans l’union des cœurs, ses enfants continuent éternellement de prier pour le repos de son âme

.Adieu, le Cheikh.Qu’Allah SWT vous accueille dans Sa Miséricorde et vous accorde le Firdaws Al-A‘la.

A Dieu le Cheikh.

Moussa Tine

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