De New York aux structures sanitaires maliennes, la ministre de la Santé et du Développement social, le médecin Colonel-Major Assa Badiallo Touré, défend une nouvelle approche fondée sur la production locale de médicaments, la modernisation des infrastructures et l’amélioration de l’accès aux soins. Une stratégie qui place la souveraineté sanitaire au cœur des priorités du Mali.
Nommée à la tête d’un département stratégique dans un contexte marqué par d’importants défis sanitaires et sociaux, le médecin Colonel-Major Assa Badiallo Touré entend imprimer sa marque au système de santé malien. Sa démarche repose sur une orientation claire : renforcer les capacités nationales, moderniser les structures de soins et réduire progressivement la dépendance extérieure
.Le 24 septembre 2026, à New York, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies, lors du 8e sommet ECAM, la ministre a résumé cette ambition en ces termes : « Notre ambition est claire : passer progressivement d’une logique de dépendance à une logique de capacité ; d’une logique d’assistance à une logique de partenariat ; et d’une logique de consommation à une logique de production. »
Cette vision traduit une volonté de faire de la santé un levier de souveraineté nationale, en misant davantage sur les ressources, les compétences et les capacités de production du Mali
.La stratégie portée par la ministre s’articule autour de cinq priorités. La première concerne la souveraineté pharmaceutique, avec le développement de la production locale de médicaments et de produits de santé. L’objectif est de renforcer l’offre nationale et de limiter la dépendance aux importations.
Le deuxième axe porte sur la modernisation de la chaîne logistique. Il s’agit de réformer les mécanismes d’approvisionnement et de sécuriser la distribution des produits de santé, notamment à travers des partenariats avec des acteurs internationaux, dont la Fondation Bill & Melinda Gates.
Le renforcement du diagnostic constitue le troisième pilier. La ministre mise sur la biologie médicale et les capacités des laboratoires afin d’améliorer la détection des maladies et la qualité de la prise en charge des patients.
La transformation numérique représente le quatrième chantier, avec la digitalisation progressive des services de santé et du développement social. Cette orientation doit contribuer à améliorer la gestion des établissements, le suivi des patients et l’efficacité des services publics.
Enfin, l’approche « Une seule santé » complète ce dispositif. Défendue le 25 septembre 2026 aux Nations unies, elle vise à mieux articuler la santé humaine, animale et environnementale pour prévenir les zoonoses, lutter contre la résistance aux antimicrobiens et anticiper les effets du changement climatique sur la santé.Cette orientation trouve notamment ses racines dans les États généraux de la santé, organisés du 4 au 19 décembre 2024.
Cette concertation, qui a mobilisé environ 500 acteurs selon les éléments communiqués, visait à établir un diagnostic du système sanitaire et à identifier les réformes nécessaires à sa refondation.
L’ambition est de dépasser les réponses ponctuelles aux difficultés du secteur pour engager une transformation structurelle, fondée sur une meilleure organisation des services, un renforcement des capacités nationales et un accès plus équitable aux soins.
Le 2 juillet 2026, lors de la présentation du bilan des cinq années de gouvernance du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, Assa Badiallo Touré a mis en avant plusieurs réalisations et projets structurants
.Parmi les chantiers annoncés figurent 15 nouveaux hôpitaux de district en construction à travers le territoire national. À cela s’ajoute la construction de nouveaux sièges pour la Maison des Pupilles, l’Institut national de prévoyance sociale (INPS) et la Caisse nationale d’assurance maladie (CANAM).
Le développement des centres de dialyse constitue également une priorité, avec plusieurs nouvelles structures annoncées, dont trois à Bamako. Ces investissements visent à rapprocher les soins spécialisés des populations et à réduire les contraintes liées aux déplacements et aux évacuations sanitaires.
Sur le volet énergétique, l’installation de panneaux solaires dans les structures sanitaires, des hôpitaux aux centres de santé communautaires les plus éloignés, est présentée comme un moyen d’améliorer la continuité des services. L’équipement des établissements et la digitalisation des dossiers des patients complètent cette dynamique de modernisation.
L’action de la ministre comporte également un volet social. Des distributions de vivres et de produits non alimentaires ont été organisées au profit des personnes vulnérables et des victimes d’inondations.
L’initiative présidentielle « Soungalo Solidarité », qu’elle accompagne sur le terrain, s’inscrit dans cette volonté de renforcer l’assistance aux populations confrontées aux difficultés économiques et sociales.
Cette dimension sociale rappelle que la transformation du système de santé ne se limite pas aux infrastructures et aux équipements. Elle implique également de mieux protéger les ménages les plus fragiles et de faciliter leur accès aux services essentiels.
Sur le plan international, le Mali a été élu première vice-présidence du Comité régional de l’Organisation mondiale de la santé pour l’Afrique, selon les informations communiquées. Cette position offre au pays une tribune pour défendre plusieurs priorités : les soins de santé primaires, la santé maternelle et infantile, la réponse aux épidémies et le financement durable des systèmes sanitaires.
À New York, la Fondation Gates a également réaffirmé, selon les éléments présentés, son engagement en faveur de l’immunisation et de la lutte contre la mortalité maternelle et infantile au Mali.
À travers ces orientations, Assa Badiallo Touré cherche à inscrire la politique sanitaire malienne dans une dynamique de coopération internationale, tout en renforçant les capacités nationales.
Au-delà des annonces et des orientations stratégiques, la réussite de cette ambition dépendra de la réalisation effective des infrastructures, de la disponibilité des médicaments, de la qualité des services et de la capacité des populations à accéder aux soins, notamment dans les zones rurales
.La consolidation de la production pharmaceutique locale, le renforcement des ressources humaines et la pérennité du financement constituent également des enjeux déterminants.
L’ambition affichée est néanmoins claire : faire du système sanitaire un pilier de la souveraineté malienne. Entre modernisation des infrastructures, innovation numérique, solidarité sociale et coopération internationale, la ministre défend une approche qui entend replacer les capacités nationales au centre de la politique de santé.
Pour le Mali, l’enjeu est désormais de transformer cette vision en améliorations durables et mesurables pour les patients, sur l’ensemble du territoire.










