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Affaire ASER/AEE Power: Thierno Alassane Sall brandit des documents bancaires et réclame toute la lumière sur 56 millions d’euros

Selon M. Sall, les documents transmis à la justice espagnole par la banque santander.com dans le cadre d’une procédure judiciaire ouverte à Madrid permettraient de retracer l’utilisation d’une avance de près de 56 millions d’euros, soit environ 37 milliards de francs CFA, versée à l’entreprise espagnole en juin 2024 pour la réalisation d’un vaste programme d’électrification de 1600 localités sénégalaises.

D’après les éléments présentés, le compte bancaire d’AEE Power EPC aurait reçu, le 11 juin 2024, trois virements totalisant 55,99 millions d’euros. M. Sall affirme qu’en moins de deux mois, plus de 46 millions d’euros auraient quitté ce compte à travers de multiples opérations effectuées vers plusieurs pays, notamment l’Espagne, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo, la Chine, l’Égypte et le Kenya.

Le responsable politique soutient que les relevés bancaires montrent que seule une faible partie des fonds aurait été utilisée pour l’acquisition de matériel électrique destiné au projet, tandis que d’importantes sommes auraient été transférées vers divers comptes dont les bénéficiaires finaux restent, selon lui, à identifier par la justice.

L’un des points soulevés concerne les paiements effectués au profit de la SONAC. Selon M. Sall, les garanties censées couvrir l’avance versée à l’entreprise auraient elles-mêmes été financées après le décaissement des fonds, à partir de cette même avance. Il estime que cette situation soulève des interrogations sur la validité et l’efficacité des mécanismes de garantie mis en place.

Au-delà des mouvements financiers, le député met en cause l’attitude des autorités sénégalaises de l’époque. II affirme que plusieurs alertes auraient été émises dès 2024 par les partenaires financiers espagnols, notamment concernant l’absence d’avancement significatif du projet et les risques pesant sur les fonds mobilisés. Selon lui, ces signaux n’auraient pas donné lieu à des mesures suffisamment fermes pour protéger les intérêts de l’État.

Dans sa déclaration, Thierno Alassane Sall demande notamment :
● La manifestation complète de la vérité sur l’utilisation des fonds;
● La convocation des dirigeants d’AEE Power EPC devant les juridictions compétentes;
● Une coopération totale entre les autorités sénégalaises et la justice espagnole;
● La publication de l’état réel d’exécution physique du projet d’électrification rurale;
● L’établissement des responsabilités, aussi bien au Sénégal qu’en Espagne;
● Le gel de tout nouveau décaissement lié au contrat jusqu’aux conclusions de la justice.

Pour l’ancien ministre, cette affaire dépasse le simple cadre d’un différend contractuel et concerne directement la gestion des deniers publics ainsi que l’accès à l’électricité de milliers de ménages vivant dans les zones rurales du Sénégal.

Les accusations formulées par Thierno Alassane Sall reposent sur des documents bancaires versés à une procédure judiciaire en cours. À ce stade, les responsabilités pénales ou civiles éventuelles relèvent exclusivement de l’appréciation des juridictions compétentes au Sénégal et en Espagne, dont les enquêtes se poursuivent.

Cette affaire, qui continue de susciter de vifs débats dans l’opinion publique, pourrait constituer l’un des dossiers les plus sensibles de ces dernières années en matière de gouvernance des grands projets publics et de contrôle de l’utilisation des financements internationaux.

Moussa Diba

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