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Quand l’éléphant d’Abraha rencontre les drones iraniens : la guerre selon une nouvelle donne

L’histoire bégaie… puis change de cap

On connaît l’histoire. En 570, un général abyssin du nom d’Abraha marche sur La Mecque avec des éléphants de guerre pour détruire la Kaaba. Dans la tradition coranique (sourate Al-Fil), des oiseaux lancés par le ciel anéantissent cette armée pourtant surpuissante. Aujourd’hui, en 2026, des bombardiers américains, des drones et des missiles menacent l’Iran. Même schéma, en apparence : une hyperpuissance contre un sanctuaire. Mais cette fois, quelque chose a changé. Radicalement.

Abraha et ses éléphants : quand la démesure se casse les dents

Abraha, vice-roi du Yémen pour le royaume chrétien d’Aksoum, avait tout pour réussir. Une armée d’élite, des éléphants de guerre – le nec plus ultra de la puissance militaire au VIe siècle. Son objectif ? Raser le sanctuaire polythéiste de La Mecque et détourner les pèlerins vers sa propre cathédrale à Sanaa. La réponse qu’il reçoit n’a rien de conventionnel : ni armée, ni siège, ni bataille rangée. Juste des oiseaux, venus du ciel, lançant des pierres d’argile. Qu’on y voie un miracle ou une métaphore, la leçon stratégique reste : la force brute ne fait pas le poids face à l’imprévisible.

2026: l’Amérique face à l’Iran, remake ou nouveau film ?

Aujourd’hui, le Pentagone aligne ses B-52, ses drones Reaper, ses Tomahawks. L’Iran, héritier de la Perse antique, est dans le viseur. La Kaaba n’est plus directement menacée, mais le principe reste : une puissance hégémonique croit pouvoir tout écraser sur son passage. Sauf qu’en quinze siècles, le monde a changé. Et pas qu’un peu.

La révolution silencieuse : Sun Tzu revisité

Sun Tzu, le stratège chinois du VIe siècle avant J.-C., reste la bible des écoles militaires occidentales – West Point, Sandhurst, Saint-Cyr. Son credo : connaître son ennemi, vaincre sans combattre, miser sur l’indirect. Mais un nouveau paradigme émerge, puisé dans une pensée militaire islamique modernisée, qui mélange asymétrie, décentralisation et… effet « ababil ».

Adieu le gigantisme, bonjour la miniaturisation

Les porte-avions de 100 000 tonnes, les chars Abrams de 70 tonnes, les bombardiers furtifs à 2 milliards de dollars pièce ? Vulnérables. Face à quoi ? Des essaims de satellites Cubesats, des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, des drones,des vedettes moustiques et missiles hypersoniques, des armées de nano-drones, des armes laser à 1 dollar le tir contre 1 million pour un missile Patriot.

La défense en mosaïque

Fini le commandement centralisé façon américaine avec ses AWACS et ses JSTARS. Place à une défense éclatée, où chaque unité communique, décide et frappe de façon autonome. L’éléphant – l’aéronavale américaine – risque de se faire submerger par une nuée de systèmes létaux, bon marché et saturants. Comme les oiseaux d’Abraha.

Le grand renversement

Sun Tzu disait : « L’art suprême de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat. » La nouvelle doctrine va plus loin : rendre le combat impossible en rendant l’ennemi obsolète. Les porte-avions deviennent des cercueils flottants. Les F-35, des cibles faciles. L’artillerie lourde, des pièces de musée.

Sun Tzu (VIe av. J.-C.)→ Doctrine ababil (XXIe siècle)

  • Connais ton ennemi → Rends son savoir inutile
  • Évite la force, attaque la faiblesse → Crée des millions de faiblesses
  • Ordre et hiérarchie → Chaos organisé, essaims décentralisés
  • Victoire à moindre coût → Victoire par coût quasi nul

En résumé,l’histoire se répète, mais pas comme avant

Abraha n’a pas été vaincu par une autre armée colossale, mais par des oiseaux. Aujourd’hui, l’appareil militaire américain – le plus lourd de l’histoire avec un budget de plus de 850 milliards de dollars – pourrait subir une humiliation similaire en Iran. Non pas par une contre-offensive classique, mais parce que les règles du jeu ont changé. L’hyperpuissance devient un handicap quand des outils létaux, miniatures, intelligents et bon marché se disséminent partout. L’éléphant ne domine plus la plaine quand le ciel lui renvoie ses propres abeilles.

« Et Il envoya sur eux des oiseaux par volées » (Sourate 105, verset 3). En 2024, ces oiseaux s’appellent Shahed, Kowsar, hypersonique, laser, essaim. L’histoire se répète, mais la technique l’accélère.

Par Cheikh Chérif MBALLO
Chercheur – Directeur du Centre Islamique de Recherche et de Documentation (CIRED)

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