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UCAD : trois jours de réflexion autour de l’œuvre et de l’engagement de Boubacar Boris Diop

À l’occasion du 80ᵉ anniversaire de l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop, l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), à travers sa Faculté des Lettres et Sciences humaines, organise du 26 au 28 octobre 2026 un colloque international et interdisciplinaire placé sous le thème « La charge et les chemins de l’écriture ». La rencontre réunit chercheurs, universitaires et intellectuels autour d’une œuvre majeure de la littérature africaine contemporaine, marquée par l’exigence littéraire, l’engagement intellectuel et la défense des langues nationales.

L’œuvre et le parcours de Boubacar Boris Diop sont au cœur des échanges scientifiques qui se tiennent à l’UCAD pendant trois jours. À travers ce colloque, les participants revisitent les multiples dimensions de son itinéraire : romancier, journaliste, essayiste, intellectuel engagé et ardent défenseur des langues africaines, notamment le wolof

.La cérémonie d’ouverture a été marquée par une leçon inaugurale prononcée par l’écrivain et universitaire Felwine Sarr. Cette intervention a donné le ton d’une rencontre consacrée à la portée littéraire, historique, politique et culturelle de l’œuvre de Boubacar Boris Diop.

Au programme figurent plusieurs communications et tables rondes, dont « L’écrivain dans la cité : de la fiction au débat public », « Les écrivains lisent Boris » et « Boris Diop, journaliste ». Ces différents panels permettent d’examiner les rapports entre littérature et société, la responsabilité de l’écrivain dans l’espace public ainsi que le rôle de la mémoire dans la construction des récits africains.

L’un des axes majeurs de ce colloque porte sur l’engagement de Boubacar Boris Diop en faveur des langues nationales, particulièrement le wolof. Pour l’écrivain, la question linguistique ne relève pas uniquement d’un choix esthétique : elle engage également la souveraineté culturelle, la transmission des savoirs et la capacité des Africains à raconter leur propre histoire dans leurs langues.

Considérant que la littérature africaine d’expression française demeure, à ses yeux, une littérature de transition, il défend l’idée que les langues africaines doivent occuper une place centrale dans la production littéraire du continent. À ceux qui évoquent la faiblesse du lectorat en langues nationales, il oppose une conviction : c’est aussi à l’œuvre de contribuer à la formation de son public, dans la durée et au prix d’un travail persévérant.

Cette orientation s’est notamment traduite par la création, à Dakar en 2016, de la maison d’édition EJO, consacrée à la promotion de la littérature en langues africaines. À travers cette initiative, Boubacar Boris Diop entend favoriser l’émergence d’un espace éditorial capable de soutenir la création, la publication et la diffusion des œuvres dans les langues nationales.

Le wolof occupe une place particulière dans cette démarche. Langue de communication, de transmission des connaissances et de création littéraire, il possède également une longue tradition écrite, notamment dans les milieux musulmans sénégalais. Depuis la fin du XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle, les productions en wolof ont contribué à la diffusion de textes religieux, de poèmes, de correspondances et de savoirs. Les confréries musulmanes ont notamment joué un rôle important dans le développement de cette tradition.

Pour Boubacar Boris Diop, écrire en wolof revient ainsi à inscrire la création littéraire dans un héritage culturel vivant, tout en renouvelant les formes narratives et les possibilités d’expression. Ce choix interroge également la place des langues africaines dans les systèmes éducatifs, les circuits éditoriaux et les espaces de légitimation intellectuelle.

Prenant la parole au nom du recteur de l’UCAD, le professeur Alioune Badara Kandji, le Dr Mouhamadou Ady Ba a souligné la portée symbolique de cette rencontre organisée dans l’une des institutions universitaires les plus emblématiques du Sénégal.

Il a rappelé que Boubacar Boris Diop entretient un lien particulier avec l’université, où il a été formé et où il a construit une partie de son parcours intellectuel. Pour les responsables universitaires, célébrer l’écrivain à l’occasion de ses 80 ans revient à mettre en lumière une trajectoire qui associe création littéraire, réflexion critique et engagement pour la réappropriation de l’histoire africaine.

Cette célébration fait également écho aux précédentes rencontres entre l’écrivain et la communauté universitaire, notamment autour des questions de mémoire, de jeunesse africaine et de transmission intellectuelle.

De son côté, le doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines, le professeur Mamadou Bouna Timera, a exprimé la fierté de son établissement d’accueillir ces journées de réflexion consacrées à l’un des écrivains sénégalais les plus reconnus à l’échelle internationale.

Il a rappelé que la formation reçue par Boubacar Boris Diop à la faculté, conjuguée à ses lectures et à son environnement culturel, a contribué à façonner son parcours. Selon lui, l’œuvre de l’écrivain constitue un matériau précieux pour les chercheurs, mais également une source d’inspiration pour les étudiants.

Le doyen a ainsi plaidé pour une meilleure intégration de ses romans, de ses essais et de ses articles journalistiques dans les enseignements universitaires. L’objectif est de permettre aux nouvelles générations de s’imprégner des valeurs qui traversent son parcours : l’engagement, la recherche, la rigueur intellectuelle et l’exigence dans le travail.

Il a également insisté sur la dimension interdisciplinaire de cette œuvre, qui dépasse le seul champ littéraire pour ouvrir des perspectives en philosophie, en histoire et dans l’analyse des sociétés africaines.

Représentant le directeur de l’École doctorale Arts, cultures et civilisations (ARCIV), le professeur Amadou Tidiane Diallo a, pour sa part, souligné la pertinence du thème « La charge et les chemins de l’écriture », qui interroge le poids de la parole écrite, la responsabilité de l’auteur et la pluralité des voies d’expression en Afrique et dans le monde.

Il a mis en avant la mobilisation de plusieurs formations doctorales et laboratoires de recherche, notamment ceux consacrés aux études africaines et francophones, à la littérature africaine de langue française, aux littératures et civilisations africaines ainsi qu’aux études françaises, francophones et comparées.

Cette convergence des disciplines permet d’aborder l’œuvre de Boubacar Boris Diop sous différents angles : littéraire, linguistique, journalistique, historique et politique. Elle offre également aux doctorants et aux jeunes chercheurs un cadre d’échanges autour des méthodes d’analyse et des enjeux contemporains de la recherche en sciences humaines.

S’exprimant au nom du professeur Ibrahima Diouf, chef du département de Lettres modernes, la professeure Koudy Kane a rappelé que ce colloque constitue une occasion de revisiter les grandes préoccupations qui traversent l’œuvre de l’écrivain : la mémoire, l’histoire, les tragédies contemporaines, la liberté d’expression et la revalorisation des langues nationales.

Elle a salué le travail du comité d’organisation, du comité scientifique et des partenaires institutionnels ayant contribué à la tenue de cette rencontre. Elle a également souhaité que les échanges se distinguent par leur rigueur scientifique, leur richesse intellectuelle et leur capacité à nourrir de nouvelles pistes de réflexion.

Président du comité scientifique du colloque, Ibrahima Wane a précisé que la tenue de cette rencontre avait été envisagée depuis trois ans. Selon lui, le choix de ces dates répond à une volonté de faire coïncider le rendez-vous scientifique avec une étape symbolique de la vie et de la carrière de Boubacar Boris Diop.

Il a également rappelé que l’intérêt de l’université pour l’œuvre de l’écrivain s’inscrit dans une histoire ancienne, nourrie par des travaux de recherche, des enseignements et plusieurs rencontres scientifiques. Cette continuité témoigne de la place qu’occupe l’auteur dans les réflexions universitaires sur la littérature africaine contemporaine.

Au-delà de l’hommage rendu à un écrivain à l’occasion de ses 80 ans, ce colloque entend ainsi questionner la fonction de la littérature dans les sociétés africaines, la responsabilité de l’intellectuel et les conditions d’une véritable reconnaissance des langues nationales.

Pendant trois jours, les participants sont invités à explorer les chemins empruntés par Boubacar Boris Diop, dont l’œuvre met en dialogue fiction, histoire, mémoire et engagement. Une réflexion qui rappelle que l’écriture ne se limite pas à la production de textes : elle constitue aussi un espace de transmission, de contestation et de réappropriation culturelle.

Espace Afrique

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