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Intelligence artificielle : le Sénégal mise sur ses langues nationales avec 210 heures de données vocales en wolof, pulaar et sérère

AI Hub Senegal, l’Ambassade de France au Sénégal et Vie Publique Sénégal ont présenté, le 17 octobre 2026 à Dakar, les résultats du Kiriku Voice Inclusive & Creative Challenge. Avec 210 heures de données vocales en wolof, pulaar et sérère mises en accès libre, cette initiative entend accélérer le développement d’une intelligence artificielle inclusive, adaptée aux réalités linguistiques et aux besoins des populations sénégalaises.

Faire parler l’intelligence artificielle dans les langues nationales et la rendre accessible au plus grand nombre. C’est l’ambition portée par le Kiriku Voice Inclusive & Creative Challenge, dont la cérémonie de restitution s’est tenue vendredi à Dakar, en présence de représentants des ministères, d’acteurs du numérique, de startups, de développeurs et d’étudiants.

Mis en œuvre dans le cadre du projet Sen Hub IA, avec l’implication du ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, d’AI Hub Senegal et de l’Ambassade de France au Sénégal, le programme vise à renforcer les compétences des jeunes, promouvoir les usages de l’intelligence artificielle et soutenir l’entrepreneuriat numérique.

Au cœur de cette initiative figure la collecte et l’annotation de données vocales en wolof, pulaar et sérère, réalisées en collaboration avec le Centre de linguistique appliquée de Dakar (CLAD). L’objectif est de fournir aux chercheurs et aux développeurs des ressources linguistiques de qualité pour concevoir des modèles d’intelligence artificielle capables de reconnaître et de produire la parole dans les langues nationales.

Prenant la parole lors de la cérémonie, le président d’AI Hub Senegal, Monsieur Daouda Djiba, a insisté sur la nécessité pour le Sénégal de renforcer sa capacité à concevoir ses propres solutions technologiques. « L’avenir de l’intelligence artificielle en Afrique ne se construira pas uniquement en utilisant les technologies des autres », a-t-il déclaré

Pour lui, le Sénégal ne doit pas se limiter à un rôle de marché pour les technologies développées ailleurs. Il doit également devenir un espace de conception, de développement, de test et de déploiement de solutions adaptées à ses réalités. Une orientation qui, selon lui, rejoint les ambitions du New Deal technologique et de la Vision Sénégal 2050.

L’intégration des langues nationales dans les technologies vocales représente un enjeu majeur d’inclusion numérique. Elle pourrait faciliter l’accès aux services numériques pour les personnes qui maîtrisent peu le français ou éprouvent des difficultés à utiliser les interfaces écrites.

Dans le secteur de la santé, ces outils pourraient contribuer à une meilleure diffusion de l’information. En agriculture, ils offriraient aux producteurs la possibilité d’accéder à des conseils dans des langues qu’ils comprennent. L’éducation, les services financiers et l’administration pourraient également bénéficier de ces avancées.

Toutefois, pour Daouda Djiba, le développement de modèles linguistiques ne constitue qu’une première étape. Le véritable défi consiste désormais à transformer ces innovations en solutions répondant aux préoccupations quotidiennes des citoyens

.« La prochaine étape n’est donc pas simplement de construire des modèles qui comprennent nos langues, mais de construire des solutions qui comprennent nos besoins », a-t-il souligné

.Le président d’AI Hub Senegal a ainsi invité les entreprises, les institutions publiques, les organisations de la société civile et les acteurs sectoriels à s’impliquer dans cette dynamique. L’ambition est de faire évoluer les prototypes vers des applications opérationnelles, grâce à des partenariats, des tests en conditions réelles et un accompagnement adapté

.La qualité et la disponibilité des données constituent un préalable essentiel au développement d’une intelligence artificielle adaptée aux langues nationales. Sur ce point, Aymar Prigent, attaché de coopération pour l’innovation et l’économie numérique à l’Ambassade de France au Sénégal, a rappelé l’importance de disposer de ressources linguistiques fiables.

Au total, 210 heures de données vocales ont été collectées et annotées. Elles comprennent 150 heures destinées à la reconnaissance automatique de la parole (ASR) et 60 heures consacrées à la synthèse vocale (TTS).

Ces travaux ont notamment permis de développer deux modèles baptisés M-Kiriku ASR et M-Kiriku TTS. Les modèles, les jeux de données et les benchmarks associés sont disponibles en accès libre sur la plateforme Hugging Face, à travers la page d’AI Hub Senegal.

Cette ouverture doit permettre aux développeurs, chercheurs et entrepreneurs de réutiliser ces ressources pour concevoir des outils innovants répondant aux spécificités du contexte sénégalais.

« Si l’IA ne parle pas les langues locales, elle en exclut automatiquement ses locuteurs », a déclaré Aymar Prigent, soulignant que l’inclusion linguistique constitue une dimension essentielle du développement de l’intelligence artificielle en Afrique.

Il a également salué une démarche fondée sur l’investissement dans les données locales, le renforcement des compétences et la collaboration entre les différents acteurs, afin de contribuer à l’émergence d’une intelligence artificielle souveraine et inclusive.

Au-delà de la production de ressources linguistiques, le Kiriku Voice Challenge entend stimuler l’innovation et l’entrepreneuriat. Organisé avec Vie Publique Sénégal, plateforme citoyenne indépendante spécialisée dans l’accès à l’information publique, le concours a réuni des développeurs, des entrepreneurs, des linguistes, des designers et des spécialistes de différents secteurs.

Les participants devaient identifier un problème concret, exploiter les ressources vocales mises à leur disposition et développer un prototype dans un délai limité, avec l’accompagnement de mentors.

Sur les 74 candidatures enregistrées, 15 équipes ont été retenues, dont dix finalistes. Plus de 2 millions de FCFA de prix sont prévus, en complément d’un accompagnement d’un à deux mois destiné à consolider les projets et à favoriser leur maturation. Expresso et GeekTec figurent parmi les partenaires de l’initiative

.La cérémonie de restitution marque ainsi le début d’une nouvelle phase, consacrée à l’amélioration des prototypes, à leur expérimentation auprès des utilisateurs et à la recherche de partenaires susceptibles de soutenir leur déploiement

.Avec le Kiriku Voice Challenge, AI Hub Senegal et ses partenaires entendent contribuer à la construction d’un écosystème numérique dans lequel les langues nationales ne constituent plus un obstacle à l’accès aux technologies, mais deviennent un levier d’innovation, d’entrepreneuriat et de souveraineté numérique.

Moussa Diba

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