
Face à la multiplication des cybermenaces et à l’extension des usages numériques, le Sénégal entend renforcer la culture de cybersécurité auprès des citoyens, des entreprises, des administrations, des étudiants et des professionnels. C’est dans cette perspective qu’a été officiellement lancé, ce jeudi 1er octobre 2026, Octobre Cyber 2026, une initiative dédiée durant tout le mois à l’apprentissage, à la pratique et au partage autour de la cybersécurité.
Phishing, usurpation d’identité, compromission de comptes, arnaques en ligne, vol de données, rançongiciels, ingénierie sociale ou encore désinformation : les risques liés au numérique se multiplient et concernent désormais l’ensemble des utilisateurs. Pour les initiateurs d’Octobre Cyber, la cybersécurité ne peut donc plus être considérée comme une affaire exclusivement réservée aux informaticiens.
L’édition 2026 ambitionne ainsi d’aller au-delà des traditionnelles campagnes de sensibilisation et conférences. Le programme prévoit, tout au long du mois, des formations, webinaires, rencontres pratiques, challenges, actions de sensibilisation et sessions de networking.
Le parcours est structuré autour de quatre niveaux, allant du renforcement des réflexes individuels jusqu’à la résilience collective. L’objectif est de permettre à chacun d’acquérir des connaissances, mais également de les mettre en pratique dans des situations réelles ou simulées.
Apprendre, pratiquer et partagerL’approche d’Octobre Cyber 2026 repose sur trois axes : apprendre, pratiquer et partager. Il s’agit notamment de démocratiser l’accès aux connaissances en cybersécurité, de renforcer les compétences pratiques des étudiants et jeunes professionnels, de faire découvrir les métiers du secteur et de rapprocher les citoyens, entreprises, institutions, experts et professionnels.
Une attention particulière est également accordée à la transformation de la sensibilisation en apprentissage vérifiable. Chaque webinaire doit ainsi orienter les participants vers une classe de la Cisco Networking Academy, avec un suivi des inscriptions, de la complétion des formations, des résultats aux évaluations finales et, lorsque cela s’applique, de l’obtention de badges ou d’attestations.
Pour les organisateurs, cette démarche doit contribuer à faire émerger une véritable culture de sécurité numérique et à promouvoir les bonnes pratiques auprès des utilisateurs comme des organisations.

Initiateur d’Octobre Cyber et auteur du Livre blanc sur la sécurité et la souveraineté numérique au Sénégal,Monsieur Gérard Dacosta, stratège en cyberdéfense et souveraineté numérique, a insisté sur la dimension internationale de cette campagne.
Selon lui, le mois d’octobre constitue une période mondiale consacrée à la cybersécurité et représente une opportunité pour le Sénégal de renforcer ses efforts dans ce domaine.
« La cybersécurité, c’est quelque chose qu’on vit chaque jour, mais avec Octobre Cyber, on la renforce. Durant ce mois, nous allons augmenter la sensibilisation, la formation et l’accompagnement des personnes qui gravitent autour du cyberespace sénégalais », a-t-il expliqué.
L’initiateur espère notamment une amélioration des comportements des internautes et une réduction des mauvaises pratiques en ligne
.S’adressant aux utilisateurs, il appelle à une plus grande vigilance face aux informations personnelles et aux sollicitations sur Internet. Il recommande notamment de ne pas communiquer ses informations confidentielles à des inconnus, de protéger son identité numérique et d’adopter une véritable hygiène numérique.
Il insiste également sur la nécessité d’utiliser des mots de passe suffisamment robustes et qui ne soient pas facilement liés aux noms ou informations personnelles des proches, ces données pouvant être exploitées dans le cadre d’attaques fondées sur l’ingénierie sociale.

Pour Mme Mariama Sonko, représentante Business Development de GFM, la sensibilisation doit être accompagnée de solutions concrètes permettant aux organisations de mieux protéger les données de leurs clients et partenaires.
Elle estime qu’il est nécessaire d’aller au-delà de la seule sensibilisation afin d’identifier et de mettre en œuvre les solutions permettant de réduire les risques liés aux cybermenaces.
« L’essentiel ne se limite pas seulement à sensibiliser. Il faut aller vers ceux qui disposent des solutions adéquates pour pouvoir limiter les risques », a-t-elle indiqué, soulignant l’importance de l’accompagnement des entreprises et des institutions.

De son côté, Mme Maguette Ba, représentante de IT4Life, a rappelé que la cybersécurité dépasse largement la seule dimension technique.
Elle souligne que l’omniprésence des téléphones portables et l’accès généralisé à Internet exposent quotidiennement les données personnelles à différents risques.
« Ce n’est pas seulement une question d’ordinateurs ou d’acteurs techniques, c’est aussi une question sociale, économique et culturelle », a-t-elle relevé.
Selon elle, la compromission des données d’une association, d’une entreprise ou d’une institution peut avoir des conséquences importantes, notamment sur les coordonnées bancaires, les relations avec les partenaires et la confiance des bailleurs.
La protection des données personnelles constitue également, selon elle, un enjeu de sécurité individuelle, dans la mesure où certaines informations disponibles en ligne peuvent permettre à des personnes malveillantes de mieux connaître leurs victimes et leur environnement.

Pour Monsieur Alioune Badara Sy, expert en ingénierie du développement et coordonnateur du programme « Cyber sécurité d’abord » du CREDA, l’un des enjeux majeurs réside dans la démocratisation de l’accès aux compétences numériques.
Il appelle à une mobilisation des experts africains afin de développer des réponses adaptées aux réalités du continent.
« Ce ne sont pas uniquement les Occidentaux qui doivent venir renforcer nos capacités. Ce sont aussi les experts africains qui doivent se réunir pour poser les débats et apporter des réponses », a-t-il déclaré.
Dans cette dynamique, le CREDA prévoit notamment un programme baptisé Cyber Secure, destiné à réunir des experts issus de différents domaines et des représentants des 15 pays de l’Afrique de l’Ouest autour d’un cadre de réflexion commun.
L’objectif sera d’aborder les enjeux de cybersécurité aussi bien sur le plan stratégique que dans la mise en œuvre et l’évaluation des réponses apportées.

Intervenant en tant qu’acteur économique,Monsieur Bruno Derneville a, pour sa part, mis en avant les enjeux économiques et stratégiques liés à la cybersécurité dans un contexte marqué par le développement rapide de l’intelligence artificielle.
Il estime que le renforcement des compétences nationales en matière de cybersécurité constitue un levier important pour la souveraineté numérique du Sénégal.
« Il y a un véritable enjeu à avoir nos propres ressources humaines et nos propres ressources technologiques pour sécuriser nos données et, bien sûr, notre activité économique », a-t-il souligné.Il a également appelé les chefs d’entreprise et les acteurs économiques à s’intéresser davantage aux enjeux liés à la cybersécurité et à l’intelligence artificielle.
Avec Octobre Cyber 2026, les organisateurs veulent donc inscrire la cybersécurité dans une démarche collective et durable. L’ambition est de permettre au grand public de mieux comprendre les risques numériques, tout en offrant aux étudiants, professionnels et entreprises des opportunités concrètes de formation et de montée en compétences.
Au-delà de la sensibilisation, le programme entend ainsi créer des espaces d’expérimentation, de formation et de partage d’expérience afin de contribuer à une meilleure résilience du cyberespace sénégalais.
Pendant tout le mois d’octobre, l’initiative invite ainsi les citoyens, les entreprises, les administrations, les établissements d’enseignement et les professionnels à faire de la cybersécurité une responsabilité partagée.
Moussa Diba
















