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Journalisme environnemental : Moustapha Sène appelle à repenser la collecte et le traitement de l’information

Face à la complexification des crises environnementales, au changement climatique, à la désinformation et aux mutations technologiques, le journalisme environnemental doit profondément renouveler ses méthodes. C’est le plaidoyer porté par Moustapha Sène, socio-anthropologue, journaliste-consultant en médias, environnement et développement durable, lors de l’atelier de renforcement des capacités organisé du 25 au 27 septembre 2026 à l’Hôtel des Flamboyants.

À travers sa communication consacrée à la transparence dans la gouvernance des ressources halieutiques, à la justice environnementale, aux défis climatiques et à la transition énergétique juste, Moustapha Sène a insisté sur la nécessité d’adapter les pratiques journalistiques aux nouvelles réalités environnementales, sociales et géopolitiques.

Selon lui, il n’est désormais plus possible de traiter les questions liées à la pêche, aux ressources naturelles, au climat ou à la biodiversité de manière isolée. Ces problématiques sont interdépendantes et doivent être analysées dans toute leur complexité.

La gouvernance des ressources halieutiques, particulièrement celle de la pêche, occupe une place centrale dans cette réflexion.

Moustapha Sène estime que le journaliste spécialisé doit désormais intégrer dans son travail les questions de transparence, de reddition des comptes, de participation citoyenne, de gouvernance démocratique et de gestion durable des ressources.

Cette approche doit également prendre en compte les communautés qui dépendent directement des ressources naturelles, ainsi que l’action des organisations de la société civile, des ONG, du secteur privé, des partenaires techniques et financiers et des institutions publiques.

Dans ce contexte, le journalisme d’investigation apparaît comme un instrument essentiel pour documenter les politiques publiques, vérifier les informations, interroger les décisions et contribuer à une meilleure compréhension des enjeux liés à la gestion des ressources naturelles .

Pour le conférencier, la crise environnementale s’inscrit dans un contexte mondial marqué par une complexification croissante des problèmes

.La pandémie de Covid-19, la crise climatique, la dégradation de la biodiversité, la pression sur les ressources naturelles, les mutations économiques et les tensions géopolitiques illustrent cette situation de « polycrise », dans laquelle les phénomènes s’influencent mutuellement.

Cette réalité impose, selon lui, une remise en question des méthodes classiques enseignées dans les écoles de journalisme.

« On ne peut plus faire de la collecte et du traitement de l’information sur les ressources naturelles halieutiques et principalement de la pêche sans tenir compte des problèmes environnementaux qui leur sont connexes », résume l’approche développée dans sa communication.

L’essor d’Internet, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle a profondément transformé le paysage médiatique. Cette révolution technologique s’accompagne cependant d’une multiplication des fausses informations, des contenus manipulés et des deepfakes.

Dans le domaine climatique, cette situation complique davantage la mission des journalistes. Les professionnels des médias sont ainsi appelés à renforcer leurs capacités de vérification, de contextualisation et de vulgarisation des données scientifiques.Moustapha Sène souligne notamment l’importance de confronter les discours aux travaux scientifiques et de mieux comprendre les controverses qui entourent les politiques climatiques.

Face à ces mutations, le journalisme de solutions est présenté comme une piste permettant de renouveler le traitement de l’information environnementale.

Cette approche ne consiste pas à abandonner le journalisme d’enquête ou la critique des politiques publiques. Elle vise plutôt à compléter le diagnostic par l’analyse des réponses, des initiatives et des solutions expérimentées sur le terrain.

Moustapha Sène propose ainsi de combiner trois démarches : l’analyse situationnelle des contextes, l’approche de la complexité et l’immersion dans le vécu socioculturel des communautés concernées.

Cette combinaison doit permettre aux journalistes de mieux expliquer les interactions entre environnement, économie, société, gouvernance et climat.

Le storytelling, ou journalisme des récits de vie, constitue le deuxième outil mis en avant.

Pour Moustapha Sène, l’immersion dans les communautés permet de rendre visibles des réalités qui échappent parfois aux approches journalistiques classiques.

Dans les zones côtières, estuariennes ou riveraines des mangroves, les populations disposent notamment de savoirs endogènes et de pratiques transmises de génération en génération.

Contes, proverbes, récits de genèse, représentations symboliques et pratiques sociales constituent autant de matériaux permettant de mieux comprendre les relations entre les communautés et leurs écosystèmes.

Cette approche peut ainsi contribuer à documenter autrement l’érosion côtière, la dégradation des ressources halieutiques, la perte de biodiversité ou encore les conséquences du changement climatique.

S’appuyant sur les travaux du GIEC, Moustapha Sène rappelle qu’une transition énergétique ne peut être réduite aux seules questions technologiques et économiques. Elle doit également intégrer les dimensions sociales, professionnelles, territoriales et environnementales.

Parmi les principes évoqués figurent notamment les investissements dans les secteurs à faible émission de carbone, l’évaluation des impacts sociaux et sur l’emploi, le dialogue avec les parties prenantes, la création d’emplois décents, la formation des travailleurs, la diversification économique, l’équité dans l’accès à l’énergie, la prise en compte du genre, la coopération internationale et la justice intergénérationnelle.

L’objectif est d’éviter que la transformation des économies ne renforce les inégalités ou l’exclusion.

La communication insiste enfin sur la responsabilité des journalistes et des producteurs de contenus dans le débat sur la gouvernance environnementale

.Pour Moustapha Sène, les professionnels des médias doivent mieux comprendre le fonctionnement des institutions nationales, régionales et internationales, mais aussi les mécanismes de décision, de financement et de gouvernance liés à l’environnement et au climat.

Ils sont également appelés à utiliser les nouveaux formats , podcasts, vidéos, productions numériques et récits multimédias, tout en conservant les fondamentaux du métier : reportage, interview, enquête, vérification des faits et indépendance éditoriale.

En définitive, Moustapha Sène plaide pour une évolution des programmes de formation en journalisme afin de mieux préparer les professionnels aux enjeux environnementaux contemporains.

La maîtrise des questions climatiques, de la gouvernance des ressources naturelles, de la pêche, de la justice environnementale et de la finance climatique apparaît désormais comme une nécessité.

Au-delà de l’information du public, le journalisme environnemental peut contribuer à faire connaître les droits et obligations des citoyens, à valoriser les connaissances locales et à favoriser le dialogue autour de la gestion des ressources naturelles.

Dans un contexte de crise climatique et de transformation numérique accélérée, le défi est donc de construire un journalisme capable d’enquêter, d’expliquer, de raconter et de documenter les solutions, sans renoncer aux exigences de rigueur qui fondent le métier.

Moussa Diba

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