
Alors que Moscou accélère son offensive diplomatique, économique et sécuritaire en Afrique, le Sénégal doit aborder cette coopération avec pragmatisme. Au-delà des sommets, des accords et des annonces d’investissements, une question demeure : quels retombées concrètes pour l’économie et les populations sénégalaises ?
La Russie affiche depuis plusieurs années sa volonté de renforcer sa présence sur le continent africain. Sommets Russie-Afrique, accords de coopération, projets dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture, des infrastructures ou encore de la sécurité : Moscou multiplie les initiatives pour consolider ses relations avec les États africains.
Mais derrière cette montée en puissance diplomatique, les résultats économiques restent à examiner avec attention.
Depuis 2019, la Russie ambitionne notamment de porter ses échanges commerciaux avec l’Afrique à 40 milliards de dollars. En 2025, ceux-ci auraient atteint environ 27,7 milliards de dollars, selon les chiffres évoqués dans le document de référence. Surtout, les échanges demeurent fortement déséquilibrés, avec des exportations russes vers l’Afrique nettement supérieures aux importations en provenance du continent.
Cette situation pose une question fondamentale : l’Afrique bénéficie-t-elle réellement de cette intensification des relations commerciales ou demeure-t-elle principalement un marché pour les produits russes ?
La question se pose également concernant les grands projets annoncés. Dans le domaine du nucléaire, plusieurs mémorandums d’entente ont été conclus entre la Russie et des pays africains. Toutefois, la multiplication des accords ne signifie pas nécessairement leur concrétisation.

Pour le Sénégal, cette réalité doit inviter à la prudence. Les partenariats internationaux peuvent représenter des opportunités importantes, mais ils doivent être évalués selon leur impact réel sur l’emploi, les transferts de technologies, les investissements productifs, les recettes publiques et l’amélioration des conditions de vie des populations.
Le Sénégal ne doit donc pas se contenter de signer des accords. Il doit mesurer leur contenu, leurs contreparties, leur calendrier d’exécution et les mécanismes permettant de garantir les intérêts nationaux.
Dans un contexte international marqué par la rivalité croissante entre grandes puissances, Dakar doit préserver une diplomatie fondée sur ses intérêts propres.
Coopérer avec la Russie ne signifie pas nécessairement tourner le dos aux partenaires traditionnels du Sénégal. De même, renforcer les relations avec Moscou ne doit pas conduire à une nouvelle forme de dépendance.
L’enjeu est de construire une coopération équilibrée, capable de produire des résultats mesurables pour le pays : création d’emplois, industrialisation, développement agricole, accès à l’énergie, formation, transfert de compétences et renforcement des capacités nationales.
Sur le plan sécuritaire également, toute coopération doit être appréciée à l’aune des besoins réels du Sénégal et de la préservation de ses intérêts stratégiques.

Face aux campagnes de communication des grandes puissances, Dakar doit garder une ligne claire : aucune puissance étrangère ne doit être considérée comme un partenaire privilégié au détriment des intérêts nationaux.
La véritable question n’est donc pas de savoir si la Russie gagne de l’influence en Afrique. Elle est de savoir si cette influence se traduit concrètement par davantage de développement pour les Africains.
Pour le Sénégal, chaque accord devrait ainsi être soumis à une interrogation simple : qu’est-ce que ce partenariat apporte concrètement au peuple sénégalais ?
Le pays doit pouvoir diversifier ses partenaires, négocier avec tous et saisir toutes les opportunités disponibles, tout en protégeant ses ressources, sa souveraineté économique et ses intérêts stratégiques.
Et dans cette quête de sécurité et de stabilité, il convient également de saluer l’engagement quotidien des policiers et des militaires sénégalais qui assurent, sur le terrain, la protection des personnes et des biens et la défense de la souveraineté nationale
Espace Afrique











